[Economie] Dégâts colatéraux du scandale de l’Aurar : Les néphrologues se vengent sur les patients

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Les organisations professionnelles de néphrologues apportent un soutien – risqué, mais sans faille – à l’Aurar. Du coup, elles excluent des discussions et négociations, l’association Renaloo qui défend les intérêts des patients atteints d’insuffisance rénale.

Les pratiques frauduleuses et les dysfonctionnements de l’Aurar débordent, aujourd’hui, sur une rupture entre des organisations nationales corporatistes de médecins néphrologues et l’association Renaloo, principale organisation de défense des personnes atteintes d’insuffisance rénale.

Le président de la SFNDT (société francophone de néphrologie, dialyse et transplantation) n’a pas supporté que la présidente de l’association Renaloo réponde aux questions du journal Le Monde, le 2 avril, à propos du rapport de la chambre régionale des comptes sur la gestion de l’Aurar et les malversations financières qu’il révèle. Ce qui en dit long sur la conception que le président, le Pr Gabriel Choukroun, a de la liberté d’expression de militants associatifs.

Le praticien, qui exerce au CHU d’Amiens, le confirme d’ailleurs dans un communiqué de la SFNDT, publié le 6 avril : “Le vrai scandale réside dans la publication par un quotidien (…) d’un article qui dénonce les supposées pratiques non déontologiques de l’ensemble d’une profession sans apporter la moindre preuve de ces allégations”.

Le Pr Choukroun, poursuit en déniant ce même droit d’expression aux représentants du peuple. “Les propos rapportés par certains élus de la République sur le même sujet, jettent injustement le discrédit sur toute une profession”.

La réaction de cette organisation professionnelle est donc sans appel : “La SFNDT a décidé de ne plus inviter Rénaloo aux réunions qu’elle organise avec les associations de patients”.

La solidarité dans le milieu médical n’étant pas une lune, le syndicat des néphrologues libéraux a adopté la même posture d’exclusion vis-à-vis de Renaloo. Il n’est plus représenté dans les commissions médicales et scientifiques instaurées par l’association de patients. L’association Renaloo a réagi en parlant de “représailles” à son égard.

 

“Condamner les dérives”

 

Dans sa livraison de mercredi, Le Canard enchaîné reprend cette double rupture pour fait d’expression libre (le JIR du 19 avril) et l’édition d’hier du quotidien Le Monde consacre à ce dossier un long article, intitulé “La société de néphrologie écarte une association de patients”.Le journal révèle que, tenace dans sa rancune, la SFNDT a même annulé une conférence de la comédienne Marie Astier, parce qu’elle est en lien avec Renaloo.

Interrogé par Le Monde, le Pr Choukroun – qui ne souhaite pas “alimenter une polémique qui n’a que trop duré” – considère “qu’il appartient aux autorités de faire la lumière sur d’éventuels dysfonctionnements qui seront condamnés, s’ils sont avérés”. La réaction de la profession et du Pr Choukroun est diversement appréciée dans les instances nationales du corps médical. La vengeance de la SFNDT ne peut que porter préjudice aux patients, notamment celles et ceux que Renaloo défend sous un statut d’association loi 1901, sans dégager le moindre bénéfice…

Dans son communiqué, le Pr Choukroun ne conteste pas que l’univers de la dialyse peut être entaché de pratiques douteuses. Et sa position laisse à penser que certains exemples lui sont revenus aux oreilles. “S’il existe ici ou là des dérives, il faut les dénoncer et les condamner”, écrit le président de la société. Comble d’ironie, il ajoute : “Cependant, comme le souligne l’Assurance maladie, celles-ci ne concernent qu’une minorité de professionnels”. En se référant à la fiabilité de l’organisme de Sécurité sociale, le Pr Choukroun confirme donc la réalité des fraudes dans le monde de la dialyse.

Il ne peut d’ailleurs ignorer que c’est l’Assurance maladie, la CGSS avec l’appui de la CNAM, qui a porté plainte contre l’Aurar, pour des facturations d’honoraires frauduleuses.

 

Jean-Noël Fortier

 

 


Ceci explique cela

Toutes spécialités confondues, les médecins n’aiment pas que d’autres institutions que leurs organisations ordinales (nées sous le régime de Pétain) mettent leur nez dans les pratiques du corps médical. L’histoire est marquée de ces faits de société qui ont provoqué leurs réactions : il y eut les gynécos et la loi Veil, les anesthésistes et l’affaire de Poitiers, les psychiatres et des levées d’hospitalisation d’office contestées…

La fébrilité gagne aujourd’hui les néphrologues penchés sur les insuffisants rénaux. La poussée de fièvre pourrait bien venir d’une nouvelle enquête lancée par la Cour des comptes, à la demande du Sénat, sur l’univers fort lucratif de la dialyse. Les sages du Palais Cambon avaient déjà établi un rapport édifiant en 2015. La Cour des comptes déplorait, dans ses conclusions, que “près de 80% des honoraires des néphrologues rémunèrent les séances de dialyse, pour l’essentiel réalisées en centre lourd. Ce qui génére un revenu annuel de près de 6 000 € par patient pour le praticien présent”. La Cour des comptes dénonçait là, les fameux 32,60 € que l’Aurar facture à la CGSS, chaque fois qu’un de ses néphrologues tapote l’épaule de Mme Grondin ou de M. Payet pour savoir si tout va bien, pendant qu’ils dialysent.

La Cour des comptes va également enquêter sur le maintien de certaines pratiques des néphrologues qui n’encouragent pas forcément des traitements plus confortables de l’insuffisance rénale, puisqu’ils leur rapportent moins d’honoraires.

Le coût annuel d’une dialyse en centre lourd, sous le regard d’un néphrologue s’élevait en 2015 à 87 036 €. Contre 53 028 € pour la dialyse péritonéale non-assistée, c’est-à-dire l’autodialyse à domicile.



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