Baisse du chômage: au-delà des statistiques, des réalités


Les chiffres du chômage sont diversement interprêtés. Si, pour le PM, un jeune sur quatre de moins de 24 ans est sans un job, le MMM pense que c’est plutôt un sur deux.

Un taux de chômage de 6,9 % en 2018, une population active de 573 100 personnes l’an dernier contre 559 200 en 2014 : ce tableau brossé par Pravind Jugnauth au Parlement, mardi dernier, semble des plus positifs. D’autant plus qu’il a précisé que 88 % des jeunes finissent bien par décrocher un emploi au bout d’un an. Selon le Premier ministre (PM), 25,1 % de cette génération serait au chômage. Ces statistiques sont contestées par Reza Uteem, député du Mouvement militant mauricien (MMM), qui évoque plutôt 50 % de sans-emploi chez les Mauriciens de moins de 24 ans.

Ces chiffres reflètentils la situation réelle ? Loin d’être surpris par cette baisse, Roland Dubois, consultant en formation, affirme que depuis 2012, la tendance est à la baisse au niveau du chômage. Par exemple, le taux est passé de 7,3 % à 7,1 % de 2016 à 2017, puis à 6,9 % comme «prévu» ensuite.

Mais pour savoir si ces statistiques traduisent la réalité, il faudrait s’adresser aux employeurs, soutien-t-il. «Ils vous diront qu’on ne trouve pas de gens à recruter. D’ailleurs, c’est pour cela que le nombre de travailleurs étrangers est en hausse.» Roland Dubois est d’avis que le problème se pose surtout au niveau des jeunes de 16 à 24 ans, avec un taux de chômage d’environ 24 %. Et ce nombre a augmenté de 1 200, de décembre2017 à 2018.

Mais ces derniers arrivent à se faire recruter en peu de temps, confirme Pradeep Dursun, Chief Operating Officer de Business Mauritius. Il y a une forte mobilité qui devrait être davantage étudiée, estime-t-il.

Population vieillissante

De son côté, l’économiste Pierre Dinan va plus loin dans son analyse, estimant que le taux de chômage aurait été plus élevé si la population en âge de travailler n’avait pas commencé à décroître : «Il ne fait pas de doute qu’une baisse du chômage due à une baisse parallèle de la population annonce des temps difficiles.» Car une population vieillissante sera incapable de s’adapter aux exigences de la révolution numérique. Par conséquent, cela entraînera une incompatibilité entre les capacités de notre main-d’oeuvre et les tâches escomptées.

Pour sa part, Pradeep Dursun affirme qu’en dépit des initiatives où l’on observe une forte proportion de chercheurs d’emploi, très peu d’entre eux se manifestent: «Certains demeurent enregistrés comme chômeurs alors qu’ils sont en emploi et attendent une meilleure opportunité. Il y a une certaine incompréhension dans les chiffres. Les 6,9 % ne collent pas trop.»

Selon nos interlocuteurs, ce phénomène continue à toucher davantage les femmes. Roland Dubois mentionne le fait que le chômage est 2,5 fois plus élevé, étant de 10 %, contre 4 % chez les hommes. Parallèlement, la main-d’oeuvre active est très faible avec un taux de 45 % chez les femmes contre 74,5 % chez les hommes.

Pourquoi cette tendance perdure-t-elle ? «C’est systématique: le profil des femmes n’évolue pas. La scolarité et les compétences restent basses», déclare Pradeep Dursun. Pierre Dinan abonde aussi dans ce sens, soutenant que «trop de femmes se tiennent à l’écart du marché du travail». Selon lui, il faudrait encourager le travail à domicile ou encore le télétravail afin de mobiliser davantage de femmes.

Ces secteurs qui cherchent preneurs

Selon Pradeep Dursun, les secteurs liés aux travaux manuels recèlent davantage d’opportunités d’emploi. Il évoque notamment le gardiennage, le nettoyage, les machinistes, les pompistes, les employés de rayons et de «back-office». L’agriculture et l’élevage sont aussi mentionnés. «Bien sûr, les emplois à col blanc sont toujours privilégiés par les Mauriciens. Dans ce cas, c’est surtout dans le secteur financier et les centres d’appels.»

En revanche, il observe un manque accru de compétences en technologies de l’information et de la communication (TIC), comme les développeurs de logiciel, les experts en intelligence artificielle, la «blockchain», entre autres.

D’ailleurs, Roland Dubois estime que les gros projets démarrés dans la construction ainsi que le secteur des TIC prennent plus d’importance en termes d’emploi. Par contre, d’autres filières ne doivent pas être négligées dont le commerce, l’hôtellerie, le tourisme et la manufacture.




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