ces musulmans devenus étrangers malgré eux

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Par Julien Bouissou

Avec l’arrivée au pouvoir du Bharatiya Janata Party (BJP) dans l’Assam, en 2016, cet Etat est devenu un laboratoire du nationalisme hindou. Il ne reconnaît la nationalité indienne qu’aux personnes dont les parents y résidaient avant le 24 mars 1971. Cette exception donne lieu à des emprisonnements arbitraires.

Kismat Ali, un jeune musulman indien, a été expédié en centre de détention, accusé d’être un immigré clandestin, comme dans un mauvais rêve… Il était en train de dormir dans sa maison de brique entourée d’arbres à noix de bétel et de chèvres, quand les policiers l’ont réveillé pour l’emmener. C’était la nuit du 12 au 13 août 2015, à Udalguri, dans l’Etat d’Assam situé à l’extrémité est de l’Inde. Ici, clandestin ou criminel, c’est à peu près la même chose. Cette accusation, qui vise de nombreux musulmans de l’Assam, mène à des centres aménagés à l’intérieur de prisons où les droits les plus élémentaires ne sont pas respectés. Kismat Ali y a passé deux ans, deux mois et dix-sept jours avant que sa nationalité indienne soit enfin reconnue, en 2017, par la Cour suprême. Ce jeune musulman n’était pas un Bangladais, comme on l’accusait d’être, mais un Indien originaire du Bihar, un autre Etat du nord du pays.

Riyazul Haq (au centre), son fils Sahil Shaikh (devant lui) et sa fille Rimpi Khatun, habitants du nord-est de l’Assam, ont été exclus du « registre national des citoyens ».
Riyazul Haq (au centre), son fils Sahil Shaikh (devant lui) et sa fille Rimpi Khatun, habitants du nord-est de l’Assam, ont été exclus du « registre national des citoyens ». Adnan Abidi / REUTERS

Dans l’Assam peuplé de 32 millions d’habitants et frontalier du Bangladesh, la loi sur la nationalité est draconienne, et unique en Inde. Ceux qui ne peuvent pas fournir les documents établissant que leur famille a vécu dans l’Assam avant 1971 sont déclarés « étrangers » et n’ont nulle part où aller en Inde. Avant son arrestation, Kismat Ali ne s’était jamais posé la question. Sa nationalité, dit-il, était « comme l’air qu’on respire : on n’y pense pas, jusqu’à ce que l’oxygène vienne à manquer et que la vie menace de s’arrêter ».

Dans le district d’Udalguri, à quelques dizaines de kilomètres du Bangladesh, il est difficile de prouver que l’on est indien. Il n’y a là que des champs de thé et une grande route empruntée par des camions de marchandises, qui vont et viennent entre les deux pays. Nombreux sont les habitants immigrés, ou nés de parents immigrés, venus du Népal ou du Bangladesh. Beaucoup sont les enfants de familles originaires d’autres Etats indiens. Les actes de naissance et autres documents officiels y sont si rares qu’être accusé d’être étranger est vite arrivé, surtout si l’on appartient à la communauté musulmane. Celle-ci est soupçonnée par les nationalistes hindous de franchir, illégalement et depuis des années, la frontière depuis le Bangladesh. La « guerre de libération » de ce territoire, accompagnée de terribles massacres, avait provoqué un afflux massif de civils vers l’Assam. Aujourd’hui, la date officielle de l’indépendance du Bangladesh – le 25 mars 1971 – constitue la limite à partir de laquelle ceux qui sont venus s’installer en Assam ne peuvent plus devenir indiens.



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