CeCe Moore, l’Américaine qui fait parler l’ADN

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Par Arnaud Leparmentier

Cette quinquagénaire californienne a permis, en croisant généalogie et génétique, l’identification de plusieurs criminels. Cette nouvelle forme de police scientifique a le vent en poupe aux Etats-Unis.

« C’était un de mes premiers cas. Quand j’ai réalisé que c’était lui, ce fut un choc. » CeCe Moore, spécialiste de la généalogie et des tests ADN, se souvient de ce jour de juin 2018 où Raymond Rowe, alias DJ Freez, fut identifié puis arrêté. Ce disc-jockey, connu pour avoir animé tant de mariages de bonne famille depuis des années, était le coupable, l’homme qui avait violé et étranglé la jeune professeure des écoles Christy Mirack, en 1992, à Lancaster (Pennsylvanie) en plein pays amish. Un crime tellement horrible que le prêtre conseilla à la famille de ne pas regarder le corps.

Très vite, la police recherche les suspects. Elle se concentre sur un inconnu, qui a débarqué bizarrement à l’école, avec des fleurs, avant de téléphoner au domicile de la victime. Il s’avère que cet homme marié, de vingt ans son aîné, était l’amant de la jeune femme. Il sera finalement mis hors de cause. Alors que tout le monde suspecte tout le monde, les enquêteurs interrogent leur banque de données ADN pour faire la comparaison avec le sperme prélevé sur la victime, mais sans rien trouver. Un gigantesque panneau avec la photo de Christy Mirack est érigé sur l’autoroute. Toujours rien, pendant un quart de siècle, jusqu’à ce qu’un procureur rouvre l’enquête, en 2015, et fasse par la suite appel aux services de CeCe Moore et de son entreprise partenaire, Parabon NanoLabs.

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Cette quinquagénaire californienne est une véritable détective, mais à distance, derrière son ordinateur, dans son bureau de San Clemente (Californie), au sud de Los Angeles. Saisie du dossier Christy Mirack en mai 2018, Mme Moore commence par récupérer l’ADN prélevé en 1992 sur la jeune femme et le compare à ceux d’une immense base de données, baptisée GEDMatch, où figurent les empreintes génétiques de 1,2 million d’Américains. Grâce à la technologie élaborée par NanoLabs, elle trouve non pas celles du coupable, mais des personnes dont l’ADN concorde en partie.

Passion américaine

Les individus ainsi identifiés peuvent être des frères, des tantes, des petits-cousins du coupable. A chaque fois, CeCe Moore doit reconstituer leur arbre généalogique – en les interrogeant, en fouillant dans les réseaux sociaux ou les registres d’état civil – et identifier, parmi les membres de la famille, le coupable potentiel, en fonction de son ADN et de son emploi du temps à l’époque du crime. Lorsque, après un long travail de croisement des informations, Raymond Rowe est enfin repéré, via une demi-sœur, CeCe Moore transmet ses conclusions aux policiers chargés de l’affaire : ceux-ci se glissent alors dans une soirée d’école animée par le suspect et récupèrent un chewing-gum et une bouteille d’eau jetée dans une poubelle, afin d’analyser son ADN. Le verdict tombe : tout concorde. Pour échapper à la peine de mort, le DJ plaidera coupable. Il a été condamné en janvier à la prison à vie.



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