L’islam, enjeu central des élections en Indonésie

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Les thèmes islamo-conservateurs se sont imposés à tous les candidats, y compris au président sortant, Joko Widodo, tenant de la modération.

Par Bruno Philip Publié aujourd’hui à 09h35, mis à jour à 10h56

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Manifestation de partisans du candidat à la présidentielle, Prabowo Subianto, à Surabaya (Indonésie), le 12 avril.
Manifestation de partisans du candidat à la présidentielle, Prabowo Subianto, à Surabaya (Indonésie), le 12 avril. JUNI KRISWANTO / AFP

L’islam indonésien de la tolérance est-il menacé par les poussées de l’intégrisme qui secouent le plus grand pays musulman de la planète ? Cette perspective fait frémir les modérés, alors que 193 millions d’électeurs sont convoqués aux urnes, mercredi 17 avril.

Une certitude s’impose : la voix des partisans de l’islam intégriste est de plus en plus forte, à l’image du niveau sonore des haut-parleurs des mosquées, qui ne cessent de gagner en intensité. La condamnation, en 2018 à Sumatra, d’une Sino-Indonésienne bouddhiste de 44 ans à deux ans de prison parce qu’elle avait osé protester contre le volume de l’appel à la prière en atteste. Et cela n’est que l’un des exemples d’une évolution vers la bigoterie d’une société indonésienne restée par ailleurs, dans son ensemble, un archipel de la modération.

La place de l’islam et son rôle dans la société va être, avec les questions de développement et de lutte contre la pauvreté, l’enjeu principal d’un pays-continent à l’importance globale toujours plus forte : l’Indonésie pourrait devenir la quatrième économie mondiale d’ici un quart de siècle. Mercredi, il s’agit pour les votants de choisir non seulement l’un des deux candidats au scrutin présidentiel, mais aussi de se prononcer pour certains des 245 000 prétendants aux quelque 20 000 mandats de députés, de sénateurs, de gouverneurs et de maires, disséminés dans un archipel gigantesque de 17 000 îles – dont 8 000 sont habitées.

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Au niveau suprême, le scrutin met en lice deux candidats, le président sortant, Joko Widodo, 57 ans, alias « Jokowi », et son concurrent, Prabowo Subianto, 67 ans. Une élection qui a des airs de déjà-vu après celle de 2014, quand les deux hommes s’étaient déjà affrontés, l’actuel chef de l’Etat l’emportant avec 53 % des voix.

Jokowi, un passionné de heavy metal à la réputation d’« homme du peuple » acquise quand il était gouverneur de la capitale Djakarta, est soutenu par les libéraux et les minorités ethniques ou religieuses. Prabowo, ancien officier des forces spéciales au passé sulfureux en matière de droits de l’homme, est le héraut des intégristes et des conservateurs. S’il semble plus instrumentaliser la vague religieuse que partager les convictions des islamistes, son discours a une tonalité populo-nationaliste : « Les étrangers nous volent nos richesses », clame-t-il durant ses discours.

Jokowi, lui, ne cesse de jouer la modération et de prôner la solidarité. « L’Indonésie est un énorme pays et une grande nation comprenant des gens de race, de religion et de culture différents. Ensemble, nous devons continuer à sauvegarder notre diversité », s’est-il écrié samedi 13 avril, durant un meeting de masse à Djakarta.



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