Les gorilles de montagne pleurent-ils aussi leur morts ?

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Toiletter, renifler, tentative d’allaitement, les gorilles de montagnes manifestent plusieurs  comportements vis-à-vis de leurs défunts. Et ce même si ces derniers n’appartiennent pas au même groupe social.

L’intelligence émotionnelle n’est pas le propre de l’Homme. « Les humains étaient autrefois considérés comme uniques face au concept de mort, mais un nombre croissant d’observations faisant état de réactions animales suggèrent le contraire », ouvre en effet en préambule cette nouvelle étude publiée dans PeerJ. Nous savons que les éléphants, dauphins, et même les fourmis semblent sensibles aux défunts, adoptant bien souvent des comportements protecteurs. Mais qu’en est-il des gorilles ? Pour le savoir, direction le Rwanda.

Trois cas de figure

Une équipe de chercheurs dirigée par Amy Porter et Damien Caillaud, du Dian Fossey Gorilla Fund International d’Atlanta, ont documenté les comportements de gorilles de montagne en présence d’individus récemment décédés. Trois situations ont été analysées. La première concernait la mort d’un gorille de montagne à dos argenté dominant, nommé Titus, dans le parc national des Volcans au Rwanda. La seconde impliquait le décès d’une femelle dominante âgée de 38 ans, nommée Tuck. Elle était de la même espèce et du même parc. Enfin, la troisième situation impliquait un gorille à dos argenté d’un groupe social différent, originaire d’un autre parc. Plus précisément celui de Kahuzi-Biega en République démocratique du Congo.

Dans les trois cas, les gorilles étaient décédés quelques heures avant le début des observations. Probablement de vieillesse, peut-on lire. Au départ, les chercheurs s’attendaient à ce que les gorilles prêtent attention aux deux premiers cadavres (ceux du même parc). En revanche, ils n’étaient pas tout à fait sûrs de la réponse des gorilles face au troisième défunt inconnu du groupe.

Une proximité avec les défunts, d’où qu’ils soient

Résultats : dans les trois cas, on pouvait alors observer les primates s’asseoir à proximité du cadavre, le pousser, le renifler, le lécher ou encore l’épouiller. Certains gorilles ont également manifesté des comportements belliqueux, tels que se battre la poitrine, ou donner un coup de pied au cadavre. Dans le cas des deux premiers gorilles, les individus qui entretenaient une relation sociale étroite avec les défunts semblaient vouloir passer du temps autour du cadavre.

Un jeune mâle nommé Ihumure, par exemple, proche de Titus, est resté en contact étroit avec le corps de son ami pendant deux jours. Autre scène déchirante, celle impliquant Segasira, le fils de Tuck. Le jeune gorille a épouillé le corps de sa mère et a tenté de la téter alors qu’il était déjà sevré. Un comportement révélateur de détresse.

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Un jeune gorille des montagnes inspecte le cadavre de sa mère pendant plusieurs heures. Crédits : Dian Fossey/Gorilla Fund International

On note par ailleurs que des gorilles mâles et femelles de tous les âges et de toutes les classes sociales ont présenté ces mêmes réponses comportementales. En revanche, aucune femelle adulte ne s’est attardée sur le mâle au dos argenté du groupe inconnu. Dans tous les cas également, seuls les dos argentés et les dos noirs (mâles juvéniles) manifestaient le comportement belliqueux envers les cadavres.

« Le comportement le plus surprenant était sans aucun doute la similitude des réactions comportementales à l’égard des cadavres de membres du groupe et d’un membre inconnu du groupe, explique à Gizmodo Amy Porter. Dans la société des gorilles, les interactions entre groupes ou entre un groupe et un dos argenté isolé – un concurrent potentiel – aboutissent généralement à l’évitement ou à l’agression. Or, dans les trois cas, dit-elle, presque tous les membres du groupe se sont assis tranquillement autour du troisième cadavre ».

S’agit-il pour autant de comportements de deuil ?

Le sujet est difficile, car sujet à plusieurs interprétations. Il est en effet tentant d’affirmer que les gorilles les plus impliqués souffrent de la perte d’un compagnon proche, mais les chercheurs admettent qu’il était compliqué de discerner les sentiments émotionnels de ces animaux.

« Nous n’avons aucun moyen de savoir exactement ce qu’ils vivent, note en effet la chercheuse. De nombreux chercheurs s’empressent de faire abstraction du deuil pour expliquer les comportements observés au motif qu’il est spéculatif. De mon point de vue, je pense que nous avons beaucoup à apprendre sur la façon dont les animaux s’engagent dans le monde, en particulier les animaux comme les gorilles, qui sont incroyablement intelligents. Je suis certain qu’ils éprouvent des émotions bien plus complexes que nous le pensons ».

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