le gardien camerounais André Onana dans les pas de ses aînés

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Le gardien de l’Ajax, André Onana, lors de la rencontre entre son équipe et le Real Madrid, le 13 février 2019, à Amsterdam.
Le gardien de l’Ajax, André Onana, lors de la rencontre entre son équipe et le Real Madrid, le 13 février 2019, à Amsterdam. EMMANUEL DUNAND / AFP

« Le Cameroun est une terre de gardiens », résume André Onana, quand on égrène les noms de ses illustres prédécesseurs. Joseph-Antoine Bell, Thomas Nkono et Jacques Songo’o ont fait carrière en Europe, après avoir débuté dans leur pays. Des modèles pour le jeune gardien de l’Ajax d’Amsterdam, qui s’apprête à affronter ce mardi la Juventus de Turin en quart de finale retour de la Ligue des champions (1-1 à l’aller). Mais quels combats il a dû mener pour en arriver là. D’abord, il lui a fallu commencer par vaincre les réticences de ses parents, guère emballés à l’idée de voir leur fils devenir footballeur.

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Son père, agent à la Société nationale des eaux du Cameroun (SNEC), avait pourtant joué « en amateur », précise André Onana, et un de ses trois frères a évolué en Indonésie au niveau professionnel. Ça n’a pas suffi. « J’entendais souvent mon père me répéter de faire des études pour avoir un bon métier. C’est grâce à mes frères et aussi à ma mère, styliste, et un peu plus ouverte sur l’avenir de son dernier, que papa s’est finalement fait à l’idée que je devienne footballeur professionnel », précise le joueur. Aujourd’hui, son fils est le gardien d’un des meilleurs clubs européens, mais également celui des Lions indomptables du Cameroun.

André Onana est né à Ngol Nkok, dans le centre du Cameroun, et a grandi à Yaoundé. A 11 ans, alors qu’il participe à un tournoi de détection, il est repéré par des émissaires de l’Académie Samuel Eto’o, qu’il intègre rapidement. Ce sera son premier déracinement. La ville de Douala est située à 250 kilomètres de Yaoundé, soit un peu plus de quatre heures de route quand tout va bien. Le préadolescent, qui se retrouve éloigné des siens malgré les visites fréquentes de sa mère, s’accroche.

« Devenir professionnel »

« C’est forcément difficile d’être loin de sa famille. Même si l’Académie Eto’o est bien structurée, parce qu’elle a des moyens », explique-t-il. Pour satisfaire les parents des pensionnaires, sensibles aux vertus de l’instruction, les jeunes académiciens suivent des cours dans les collèges et lycées de la capitale économique du pays en parallèle à leurs entraînements. Aussi difficile soit-il, cet éloignement n’est qu’un premier pas.

A 14 ans, André Onana en franchit un deuxième. Le voilà sélectionné pour rejoindre la Masia, le centre de formation du FC Barcelone, où Samuel Eto’o a joué de 2004 à 2009. L’ancien capitaine des Lions indomptables, qui a conservé des liens étroits avec le club catalan, a permis à plusieurs de ses jeunes compatriotes d’y poursuivre leur formation. « Quand je suis arrivé en Espagne, la présence de plusieurs Camerounais a facilité mon adaptation », raconte celui qui a tout de même appris l’espagnol pour assurer son intégration.

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Malgré une présence familiale réduite aux communications téléphoniques et aux échanges sur Skype, l’adolescent n’oublie pas son but. « J’avais l’objectif de devenir professionnel. Même si ce n’était pas facile, je n’ai jamais envisagé de laisser tomber. J‘étais dans un des plus grands clubs du monde, c’était une opportunité pour moi », résume André Onana, qui a fermé les yeux sur les attraits de Barcelone durant ces années-là, reconnaissant n’avoir « pas trop découvert la ville ».

« Un garçon posé, mature, bien entouré »

La forte concurrence à l’œuvre chez les Blaugranas l’oblige à chercher ailleurs ce que le FC Barcelone lui refuse. « André est un garçon posé, mature, bien entouré, bien conseillé. Il a compris que son intérêt était d’aller à l’Ajax d’Amsterdam, pour avoir du temps de jeu dans un très bon club », précise Vincent Aboubakar, l’attaquant international du FC Porto. Aux Pays-Bas, André Onana doit une nouvelle fois s’adapter, apprendre le néerlandais et l’anglais pour mieux vivre ce nouvel exil. « Il est ouvert et sociable, pas du genre à rester dans son coin », poursuit l’attaquant.

Quand le jeune gardien rejoint Amsterdam en février 2015, il n’a pas encore 18 ans. Après une saison et demie avec l’équipe réserve, qui évolue en Division 2, le Camerounais passe numéro 1. Aujourd’hui, il est le seul gardien africain à être titulaire dans un des meilleurs clubs européens. « J’ai un jour été en contact avec un club italien. On a fini par me dire qu’un gardien noir, là-bas, ce serait difficile. J’ai un peu l’impression qu’on se traîne une image de joueurs manquant de concentration », observe le professionnel.

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Père d’un jeune garçon d’un an, André Onana vit la saison la plus aboutie depuis le début de sa jeune carrière professionnelle. Il a décidé de prolonger son contrat jusqu’au 30 juin 2022, malgré l’intérêt de plusieurs clubs, dont Tottenham, le Bayern de Munich et le FC Barcelone. Depuis la Catalogne, où il entraîne les gardiens de l’Espanyol Barcelone, Thomas Nkono, son illustre aîné (112 sélections), approuve : « Il a fait un bon choix en préférant être numéro 1 à l’Ajax que numéro 2 ou 3 dans un des meilleurs clubs du monde. C’est en jouant qu’il progressera. »

Alexis Billebault



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