Hôpitaux: les «attendants» ne nettoient plus les toilettes

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Les détritus jonchent le sol de l’hôpital Victoria et les alentours malgré le travail des «cleaners» du privé.

Les détritus jonchent le sol de l’hôpital Victoria et les alentours malgré le travail des «cleaners» du privé.

Alors que le nettoyage des toilettes figure dans leur cahier des charges, 1 500 préposés en sont exemptés. Selon l’Audit, le ministère de la Santé paie Rs 46 M à des sous-traitants privés pour ce service.

À 6 h 30, en début de semaine, alors que plusieurs Mauriciens se hâtent pour rendre visite à leurs proches dans les salles d’admission à l’hôpital Victoria, des travailleurs du centre hospitalier regagnent leurs quartiers. Revêtus de leurs uniformes marron, quelques cleaners du privé savourent leur thé du matin ou font de petites virées dans l’enceinte de l’établissement, à l’instar d’une employée âgée d’une soixantaine d’années. «J’arrive à 6 heures. Là, il faut attendre que les patients prennent leur bains. Vers 8 heures, je vais nettoyer les toilettes, salles de bains et points d’eau. J’y procède pour quatre toilettes», confie-t-elle.

En dehors de cela, la récupération des déchets qui est sous la charge des attendants de l’hôpital. En ce lundi matin, les ordures jonchent le sol. Lors de notre visite, l’unité de soins ayurvédiques est truffée de sachets vides de friandises, entre autres. Sur les terrains des anciennes urgences, un sac-poubelle à moitié plein et des emballages alimentaires tapissent les drains. Plus loin, des oiseaux picorent des détritus sur le gazon. Lors de cette visite, nous ne repérons aucun préposé s’attelant au nettoyage de ces espaces. Jusqu’en l’an 2000, cette catégorie d’employés devait exécuter la tâche de nettoyer les toilettes. Mais depuis 18 ans, le ministère de la Santé leur a signé une «décharge». La tâche revient désormais aux sociétés privées.

«FARDEAU»

«Pendant longtemps, les attendants avaient à s’en occuper, mais cela représentait un travail supplémentaire pour eux. Ils ont d’autres responsabilités et ne peuvent plus effectuer celles-ci», explique Ram Nowzadick, président de la Nursing Association. Radhakrishna Sadien, président de la Government Services Employees Association, abonde dans le même sens : «Le nombre de patients a augmenté. Il n’y a pas eu de recrutement dans beaucoup de secteurs. Avec les travaux additionnels, il est permis aux attendants de ne plus nettoyer les toilettes.»

Du coup, l’État a recours aux entreprises spécialisées du privé au coût de Rs 46 millions, tout en payant des salaires totalisant Rs 430 millions aux préposés au nettoyage. Un véritable gaspillage ? «C’est un gaspillage de fonds publics quelque part car, souvent, ce sont les proches et amis des autorités qui décrochent les contrats pour le nettoyage des toilettes», allègue un spécialiste de la santé.

Dans quelles conditions s’exécutent les tâches des sous-traitants ? Le chef d’une firme de nettoyage affirme qu’un système de rotation est mis en place. «Quarante-trois techniciens de surface assurent le service le jour et 16 employés la nuit, pour le nettoyage des toilettes et salles de bains uniquement.»

Selon une femme cleaner rencontrée, cette tâche est effectuée trois fois en journée, soit à 8 heures, 13 heures et 15 h 30. Puis, les collègues du soir procèdent au nettoyage à deux reprises. Néanmoins, l’équipe intervient en cas d’incidents.

D’où provient le matériel ? «Notre entreprise le fournit. Cela comprend de la Javel, de l’opaline, du gel de pin, du savon liquide, de la poudre à récurer et du désinfectant comme du Detol», confie la responsable d’entreprise. D’autres sociétés chargées de cet exercice ont été sollicitées mais ont refusé de répondre.

Quant aux produits de nettoyage des salles d’attente, d’admission, d’examen et autres espaces publics nettoyés par les attendants, c’est l’État qui les fournit. «Mais sont-ils efficaces pour la désinfection, surtout pour les salles et départements d’opération ? Je n’en suis pas certaine», s’interroge une infirmière. Nous n’avons pu cependant avoir de précisions du ministère de la Santé, malgré nos requêtes.

Selon Ram Nozadick, il devrait avoir une meilleure coordination entre le ministère et le sous-traitant. «Le ministère devrait mettre en place une permanence pour régulariser le nettoyage des toilettes dans les urgences. Des centaines de milliers de personnes les utilisent au quotidien. Souvent, elles sont piteux état», dit-il.




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