Somas Appavou (CEO d’Air Mauritius) : « Je ne peux faire voler des avions vides »

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Somass Appavou, CEO d’Air Mauritius

Alors qu’Anil Gayan a déclaré à la presse qu’il faut plus de service sur certaines destinations, comme l’Inde et la Chine, Somas Appavou prend le ministre à contre-pied, avançant que « je ne peux faire voler des avions vides ». Suivant les pertes massives sur neuf mois, le CEO du groupe déclare que « nous ne devons pas être défaitistes » et que « nous travaillons pour redresser la situation ». Le point avec le CEO d’Air Mauritius.

Avec le ministère du Tourisme et la MTPA, vous avez organisé un atelier de travail cette semaine pour évaluer les causes de la dégringolade du marché chinois. Quelles ont été les retombées de vos échanges ?

On a organisé un “think tank” sur la Chine pour voir la stratégie à mettre en place avec tous les “stakeholders” : la MTPA, le ministère du Tourisme et le transporteur. On a réfléchi sur une stratégie commune à adopter sur le marché chinois mais sur le long terme car il n’y a pas eu de stratégie fixe jusqu’à maintenant, donc on ne peut travailler s’il y a un “moving target”. Il faut une vision de longue durée, disons sur dix ans, et voir comment décliner cette vision par rapport aux “milestones” qu’on veut mettre en place tous les trois ou quatre ans. Il faut voir comment positionner le produit touristique, comment faire son marketing, ce que cherche le client chinois et comment allier demande et offre. Cette stratégie commune, nous l’avons mise en place depuis très longtemps sur l’Europe, sachant que maintenant l’économie européenne connaît un PIB stagnant. Par contre, la Chine et l’Inde recèlent un bon potentiel avec un PIB en hausse de 6% en moyenne par an. Donc ce sont les marchés du futur.

Il y a un “blame game” dans certains milieux à l’effet que l’aérien – donc Air Mauritius, qui est le seul transporteur sur cet axe – est responsable de la chute drastique des arrivées en provenance de Chine. Que répondez-vous à ces critiques ?

Au fait, Maurice et d’autres destinations telles les Seychelles, les Maldives, le Sri Lanka et Bali, ont également connu une baisse, tout simplement parce qu’il y a eu un ralentissement de l’économie chinoise. Par ailleurs, il y a aussi la baisse du taux de change, le yuan, qui diminue face au dollar, donc le consommateur chinois se retrouve à faire des choix avec un budget pour le voyage qui est inférieur. Donc que fait-il ? Il se rend dans des destinations plus proches de la Chine, telles que la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge, etc. Et ces dernières années, on note que ces pays-là ont connu une hausse des arrivées touristiques en provenance de Chine. En revanche, il y a eu un déclin dans l’océan Indien, c’est-à-dire aux Seychelles, au Sri Lanka et à Maurice. Finalement, nous ne sommes pas très mal lotis parce qu’en se comparant aux autres, on a un “single-digit” de décroissance, par contre pour d’autres destinations, il y a eu une baisse à deux chiffres. Donc cette baisse d’arrivées est un concours de circonstances économiques, qui fait que notre destination subit cette pression.

Air Mauritius n’est donc pas responsable ?

Nous, en tant que transporteur, ne pouvons agrandir la capacité de sièges sur certaines destinations alors qu’il n’y a pas de consommateurs ! Nous devons nous ajuster par rapport à la demande. Quand quelqu’un achète des billets, il le fait à l’avance, soit un ou deux mois avant, et si nous voyons que les avions sont vides, je ne vois pas pourquoi on devrait opérer ! Donc il faudrait que l’on soit logique. Et c’est ce qu’Air Mauritius a fait. Nous avons rationalisé la mise en place des appareils sur ces destinations pour ne pas opérer à vide.

La suppression des vols sur Guangzhou était-elle nécessaire ? 

Nous avons décidé de mettre deux fréquences sur nos deux destinations chinoises, à savoir deux fréquences sur Hong Kong et deux sur Shanghai. S’il y a de la demande que nous pouvons prévoir par exemple durant la Golden Week, à ce moment nous passerons à trois fréquences, mais temporairement. On module nos capacités en fonction de la demande. Vu que nous avons une petite flotte, il faut que nous soyons avertis bien à l’avance pour que nous puissions prendre les bonnes décisions.

Dans une interview parue dans un hebdomadaire, le ministre Gayan a été un peu sévère, disant qu’il n’est pas satisfait de la manière dont Air Mauritius gère les marchés indien et chinois…

Je ne connais pas les détails de cette interview, en tout cas notre vision pour la Chine et l’Inde est très claire. Nous souhaitons, dans les trois à cinq ans à venir, passer sur une fréquence quotidienne sur la Chine. Oui, on a de l’appétit pour la Chine, mais le tout est de savoir comment concilier tout ça avec les autres “stakeholders” et plusieurs facteurs sont à considérer en parallèle à l’aérien, notamment la disponibilité des chambres d’hôtel à un prix donné. Puisque le client chinois est très élastique au prix, si le tarif augmente trop, il ne viendra pas à Maurice et ira ailleurs. Il faudra s’assurer que le package, que l’on propose aux touristes chinois, soit dans un prix acceptable et raisonnable.

Pour l’Inde, nous avons une stratégie similaire. Nous savons que l’Inde et la Chine constituent des marchés à fort potentiel avec des populations qui cherchent à voyager et découvrir le monde. Ces marchés émergents nous permettent de rééquilibrer la situation par rapport à la baisse de croissance économique dans les marchés européens. Aujourd’hui, nous desservons Bombay trois à quatre fois la semaine et Delhi deux à trois fois la semaine, et une fois la semaine pour Chennai et Bangalore. Si la demande augmente, bien sûr que nous nous adapterons en conséquence. Mais sachant que nous avons aujourd’hui des appareils de 300 sièges, donc si vous opérez trois fois la semaine, vous mettez 900 sièges sur le marché. Mais si on veut y aller tous les jours, il faut stimuler le marché, et ce avec des appareils légèrement plus petits, soit de 200 sièges. Cela stimulera le marché indien et donnera également la possibilité au client indien de venir à Maurice pour deux ou trois jours, voire quatre jours. C’est ce que nous sommes en train de mettre en place avec l’aide d’un consultant, en l’occurrence Capa, pour nous donner une stratégie globale pour notre réseau et notre flotte. Les résultats de cette étude de Capa seront disponibles en mai.

Après vos pertes massives sur neuf mois, que peut-on attendre du dernier trimestre de votre exercice financier ?

Ce qui nous a plombé les ailes sur cette période de neuf mois, ce sont plusieurs facteurs. Le fioul a augmenté de 25% et il y a eu une augmentation salariale également à la suite des négociations des MOU. Et cette période de pointe – octobre, novembre décembre, où l’on se fait généralement le plus d’argent – a été plate, puisqu’il y a eu beaucoup de compétitions. Plus de compétitions veut dire plus de sièges et, plus de sièges veut dire que les prix chutent. Alors que, pendant cette période, nous nous attendions à augmenter nos tarifs pour avoir plus de profits. Malheureusement, c’est une tendance observée depuis les deux à trois dernières années et nous souhaitons que cela se stabilise dans le futur. Pour répondre à votre question, nous sommes en train de stabiliser nos coûts et améliorons notre productivité pour pouvoir être plus compétitifs. C’est quelque chose qui se met en place et nous y travaillons avec nos employés, les actionnaires et administrateurs du groupe. Quand il y a un problème, il faut se retrousser les manches et travailler ensemble pour pouvoir avancer. Nous ne devons pas être défaitistes et devons travailler pour redresser la situation.



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Le Mauricien

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