Hafedh Caïd Essebsi et Soufiane Toubel, deux chefs autoproclamés pour Nidaa Tounes – JeuneAfrique.com

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Après avoir régulièrement renvoyé son congrès électif depuis 2014, Nidaa Tounes a depuis samedi deux présidents, le directeur exécutif sortant Hafedh Caïd Essebsi et le chef du groupe parlementaire Sofiane Toubel. Une situation aussi inédite qu’embarrassante, à quelques mois d’échéances électorales décisives.


Entre déclarations contradictoires et propos enflammés, les premiers travaux du congrès électif du parti – qui avait pourtant remporté les dernières élections législatives – avaient bien montré, les 6 et le 7 mars, quelques tensions. Mais nul n’aurait imaginé que la situation empirerait de la sorte.


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217 représentants nationaux du comité central étaient appelés à élire le président du parti, mais, samedi 13 avril, sous l’effet des influences et des pressions, ce sont deux réunions électives distinctes qui se sont tenues en parallèle. À Monastir, 100 membres ont soutenu Hafedh Caïd Essebsi, directeur exécutif sortant, tandis qu’à Hammamet, 117 autres plébiscitaient Sofiane Toubel, chef de file du groupe parlementaire à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Résultat, le parti a désormais deux présidents : Hafedh Caïd Essebsi et Sofiane Toubel, deux hommes très proches mais aujourd’hui en froid.

Sofiane Toubel, nouvel homme fort de Nidaa ?

Il y a encore peu de temps, Sofiane Toubel profitait de la présidence de Hafedh Caïd Essebsi, fils du chef de l’État, pour grimper les échelons politiques malgré sa réputation sulfureuse, différentes accusations de corruption et sa proximité avec Chafik Jarraya, homme d’affaires arrêté en mai 2017. Avec la députée et porte-parole de la formation Ons Hattab, ils formaient la garde rapprochée d’Essebsi junior, surnommé HCE.

Il vient de donner raison à ceux qui le considéraient comme opportuniste, puisqu’en moins de deux ans, il est devenu l’homme fort de Nidaa

Mais Toubel, 43 ans, n’en est pas à sa première infidélité. Au nom de la stabilité politique, il avait un temps rejoint le clan du chef de gouvernement Youssef Chahed, mais depuis, tout différend semblait avoir été éclairci avec HCE. Il vient pourtant de donner raison à ceux qui le considéraient comme opportuniste, puisqu’en moins de deux ans, il est devenu l’homme fort de Nidaa – du moins ce qu’il en reste puisque, à défaut d’avoir fait peau neuve à la faveur de ce congrès, le parti se réduit aujourd’hui à peau de chagrin.

« Une opération suicide »

Deux hommes pour un fauteuil : cette situation inédite, presque ubuesque, provoque la sidération aussi bien dans la société que dans la sphère politique. « J’ai ri aux larmes tellement tout cela est absurde et cocasse ! », s’exclame encore hilare Faten Jaballah, une enseignante qui avait voté Nidaa en 2014. Plus sérieusement, elle accuse Béji Caïd Essebsi, fondateur du parti, de ne pas avoir su ramener de l’ordre dans la maison et d’avoir, pour soutenir son fils, écarté les figures réellement politiques de Nidaa.


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« Nous sommes en République, mais il y a un air de fin de règne. Nidaa, entre magouilles et amateurisme, a brisé quelque chose », se désole Nadim, un jeune homme certain que « cette mascarade donne une piètre image des politiques et encouragera l’abstention aux législatives de 2019 ».

Des avis sévères qui rejoignent l’analyse de certains responsables politiques. « Ce n’est ni plus ni moins qu’une opération suicide », confirme un ancien du parti. « Le pays a besoin de partis structurés et stables, mais aussi d’une éthique politique », renchérit Zeineb Turki, porte-parole des libéraux d’Afek Tounes, tandis que les islamistes se refusent de commenter et que des observateurs assurent que la déconfiture de Nidaa profitera aux dissidents qui ont fondé Tahya Tounes.





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JeuneAfrique

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