« En Libye, nous continuons à rechercher une solution politique »

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Ghassan Salamé, le chef de la mission de l’ONU en Libye, s’inquiète autant des « fissures » au Conseil de sécurité que de l’offensive du maréchal Haftar.

Propos recueillis par Frédéric Bobin Publié aujourd’hui à 10h58, mis à jour à 13h02

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Des soldats de l’Armée nationale libyenne près de Benghazi, le 13 avril.
Des soldats de l’Armée nationale libyenne près de Benghazi, le 13 avril. ESAM OMRAN AL-FETORI / REUTERS

Les combats autour de Tripoli déclenchés par l’offensive du 4 avril du maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), contre le gouvernement d’« accord national » de Faïez Sarraj, ont fait environ 130 morts et 600 blessés. Le chef de la mission des Nations unies pour la Libye, Ghassan Salamé, déplore dans un entretien au Monde les « fissures » de la communauté internationale dans la crise libyenne.

Quelle est la situation sur le terrain une dizaine de jours après le déclenchement de l’offensive du maréchal Haftar sur Tripoli ?

Ghassan Salamé : Sur le plan humanitaire, on déplorait dimanche en milieu de journée 130 tués, 600 blessés et 17 000 personnes déplacées. Beaucoup d’hôpitaux sont saturés. Dans certains cas, le droit humanitaire n’est malheureusement pas respecté car huit ambulances et une école ont été prises pour cible. Sur le plan purement militaire, la ligne de front autour de Tripoli, qui court sur 150 kilomètres mais où les combats n’ont vraiment lieu que sur 40 kilomètres, n’a pas beaucoup évolué depuis une semaine. A deux ou trois exceptions près, les combats se déroulent dans des zones peu urbanisées. Mais notre grande crainte est qu’ils finissent par toucher des zones résidentielles et donc fassent plus de victimes.

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Cette offensive de M. Haftar fait voler en éclats le processus politique. Comment voyez-vous sa reprise ?

Le processus politique a reçu un très grand coup. Surtout que j’ai dû prendre la douloureuse décision de reporter la tenue de la conférence nationale qui devait avoir lieu du 14 au 16 avril à Ghadamès. Nous y travaillions depuis un an. Pour la première fois depuis 2011, une rencontre devait réunir tout le spectre politique libyen. Les invitations avaient été lancées, il n’y avait eu aucun refus. L’opinion publique percevait l’événement comme une lueur d’espoir.

« Les succès militaires ici ou là ne peuvent enlever l’énorme polarisation qui existe en Libye »

D’autre part, ce qui se passe remet en cause notre travail en direction des milices de Tripoli. Un cessez-le-feu avait été conclu en septembre 2018 à l’issue de combats entre ces milices de Tripoli et un groupe armé du sud de la capitale [Tarhouna]. Nous nous employions à réduire l’influence de ces milices de la capitale. Or ce travail de six mois est aujourd’hui remis en cause par le fait que ces mêmes milices sont désormais sollicitées pour la défense de Tripoli.



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