[Société] Manu Kdé, artiste : “J’ai toujours été sincère”

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Il y a 10 ans, le public découvrait Manu Kdé et son « Joli Séga ». Une chanson et un album éponyme qui lui ont permis de se faire une place sur la scène locale ainsi que dans le coeur des Réunionnais. Depuis, le chanteur continue son bonhomme de chemin. « Je n’ai pas la prétention de vendre des millions d’albums ou de faire des millions de vues sur Youtube », glisse-t-il. Aux titres commerciaux, l’artiste préfère les ségas plus simples et sincères. Un choix payant, puisque les fans sont toujours au rendez-vous. Rencontre.

Manu, si je vous dis musique, vous répondez…

Exutoire ! Ça a toujours été le moyen de sortir mes émotions, ce que j’ai de positif et de négatif en moi. Plus jeune, je passais mon temps dans les studios d’enregistrement, cela m’a appris la rigueur et m’a permis de rester sur le bon chemin. La musique m’a construit.

 

Vous êtes le neveu de Dominique Barret, cela a dû vous valoir quelques remarques désobligeantes, non ?

C’est arrivé qu’on me dise « C’est parce que c’est ton oncle que tu peux faire ci ou ça», alors que pas du tout ! Il m’a toujours soutenu et encouragé mais il a attendu que je fasse mes preuves avant de m’inviter sur ses premières parties. Je le respecte beaucoup, et l’inverse est vrai aussi. Je suis un peu comme lui, quand il était plus jeune, le culot en plus (rires). Dominique est plus timide, alors que moi, je suis très « pas capab lé mort sans essayé ». Je me souviens que je suis passé tous les jours à RFO pour décrocher un JT. Ça a payé ! Tonton est du genre à me laisser défoncer les portes, et à me mettre un pansement si ça fait trop mal.

 

Comment ont réagi vos proches quand vous leur avait dit que vous vouliez être chanteur ?

Cela a toujours été clair pour moi : je voulais faire des études. Mes parents n’ont pas eu besoin de me faire le discours « passe ton bac d’abord ». La musique a toujours été une passion pour moi, et je ne souhaite pas que ça change. Si on le fait par obligation, le plaisir disparaît. J’ai toujours été un amuseur de galerie. A l’école, je donnais du bonheur aux autres en les faisant rire. D’ailleurs, mes anciennes institutrices se rappellent encore de moi à cause de ça (rires). J’ai étudié et aujourd’hui je travaille pour avoir quelque chose de sûr mais je veux aussi  aider les gens. C’est pour ça que je chante. Le public a bien accueilli « Le joli séga » et « Vive nout lamour », il y a eu une sorte d’osmose, mais c’est surtout « La case mémé » qui les touche. J’ai vu des gens pleurer en l’écoutant…Cela montre la force des mots, et la responsabilité que l’on a en tant qu’artiste. On ne doit pas dire n’importe quoi !

 

Pour vous, c’est quoi une chanson réussie ?

Une chanson qu’on retient facilement, qu’on peut siffler, qui, même a capella est belle ! Si elle touche l’artiste, elle devrait toucher les gens aussi. C’est aussi un tube qui bénéficie de cette petite étincelle de chance pour qu’elle arrive aux oreilles du public ! Avec internet, c’est plus facile, mais c’est à double tranchant, parce qu’on est plus nombreux.

 

Alors, comment faites-vous pour vous démarquer ?

Il faut faire sa musique avec plaisir, et sincérité. Quand ce n’est pas le cas, le public le ressent. J’ai toujours été sincère. Si on trouve les bonnes paroles, la musique, les arrangements…et la bonne équipe, cela permet de rester dans le coup (rires). Depuis 2012, je collabore avec Moustapha Bahdi, de KDM Family, c’est un énorme soutien ! La musique n’a rien de facile. Quand tu sors un tube, on t’attend au tournant. Si tu refais la même chose, on te dit que tu n’as pas d’imagination et quand tu fais différement, on te demande pourquoi tu as changé. J’ai choisi de sortir qu’une ou deux chansons par an, pour prendre le temps de les travailler. Un album, ça prend du temps également, et j’en ai moins, surtout depuis que je suis papa. Je vis de belles expériences, je participe à de belles tournées mais ma vie de famille est essentielle à mon équilibre.

 

Avez-vous déjà envisagé de participer à des émissions comme The Voice ?

J’ai été contacté par des casteurs de The Voice via ma page facebook. Ça m’a touché ! On a discuté un peu, ils m’ont proposé de passer les auditions. J’ai refusé. Je n’ai pas envie de tomber dans la grosse industrie musicale parisienne. Je sais que les labels peuvent t’emmener vers quelque chose de commercial, ça ne m’intéresse pas. J’ai une petite notoriété ici, je fais ce que j’aime, je touche les gens avec mes chansons… Quand ces programmes ont démarré à la télévision, j’ai été tenté mais je n’aime pas le côté compétition, parce que, encore une fois, j’estime que la musique doit rester un plaisir.

 

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?

Je suis heureux et fier du travail que j’ai accompli. C’est quasiment le travail d’une vie. C’est difficile de rester dans le flot ! Je suis heureux de l’accueil du public, de ce qu’il m’apporte… Quand les gens sourient ou chantent mes chansons, ça me remplit de joie.  Quand tu fais de la chanson en cherchant à tout prix la célébrité, tu seras forcément déçu et tu t’exposes à faire des choses que tu n’aimes pas. Il faut avoir les épaules solides pour vivre tout ça. Il faut aussi accepter l’échec, que tu peux être en haut puis dans le creux de la vague. Je veux simplement donner de l’amour et de l’espoir. Je le fais depuis 10 ans, à mon modeste niveau. Mes vidéos ne font peut-être pas des millions de vues, je ne vends peut-être pas des millions d’albums mais je fais tout avec le coeur. J’ai trouvé ma voie.

 

Quels sont vos projets ?

Je prépare des concerts pour fêter mes 10 ans de carrière, j’annoncerai les dates au fur et à mesure sur ma page Facebook. Mon nouveau titre, « Na lamour » sera sur la compilation « Sort dovan » de KDM Family qui sort dans les jours qui viennent. D’ailleurs, le 18 mai tous les artistes de KDM se produiront au Téât Plein Air et le 11 août à 20h je serai à la fête du vacoa à Saint-Philippe.

 

Si vous pouviez retrouver le Manu qui démarre sa carrière, que lui diriez-vous ?

Ne change rien, reste simple, jovial, accessible, donne toujours du bonheur aux gens avec tes chansons et tes blagues. Je suis content de ce que je suis devenu. J’ai partagé la scène ou collaboré avec des artistes locaux qui me faisaient rêver quand j’étais enfant. Alors, je lui dirais aussi de ne pas baisser les bras !

 

 

> Pour la petite histoire

Manu Kdé prend des cours de piano dès l’âge de 6 ans. « Je voyais mon oncle, Dominique Barret, jouer lors des repas de famille. J’ai eu envie d’apprendre. Bon, au début je faisais surtout du bruit », se souvient le chanteur. Grand fan de reggae, le Réunionnais monte un groupe avec ses copains. Puis vient la scène, Manu Kdé accompagne des artistes comme Ras Kèr ou encore Goundwana. « On a même fait la première partie des Wailers, le rêve pour des amateurs de reggae ! ». En parallèle, le chanteur passe une bonne partie de son temps dans un studio monté avec des amis chez ses parents. « J’y ai passé toute mon adolescence », s’amuse-t-il. En 2009, sort « Le joli séga », puis l’album éponyme. Un projet mis sur pied grâce à sa rencontre avec Christian Lauret, le parolier de Dominique Barret. Meddy Gerville, son idole, en sera le directeur artistique. « Dès le début, j’ai eu cette chance de travailler avec des grands noms de la musique réunionnaise ». Ce coup d’essai, un tour de l’île en chanson, est très bien accueilli par le public, qui lui confirme son attachement quand sort « Vive nout lamour », en 2012. « La musique est un exercice difficile. On veut surprendre les gens, sans les ennuyer… ». 10 ans après ses premiers pas, Manu Kdé occupe toujours une belle place dans le coeur des Réunionnais. Preuve qu’il maîtrise cet exercice !

 



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