Me Robin Appaya sur les nouveaux délits : «Drogue au volant : il faut plus que la répression»

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L’avocat et vice-président de l’association Prévention routière avant tout (Prat), Robin Appaya, revient sur la décision du gouvernement d’inclure de nouveaux délits au Road Traffic (Amendment) Bill. Selon lui, les motocyclistes représentent non seulement un danger sur nos routes, mais ils sont aussi les plus vulnérables. 

Comment accueillez-vous la décision du gouvernement d’inclure de nouvelles offenses dans le Road Traffic (Amendment) Bill. Notamment pour punir ceux qui sont sous l’influence d’une drogue ou d’une substance illicite au volant ?
On accueille favorablement cette décision. C’est scientifiquement prouvé que la répression contribue à diminuer les accidents. Toutefois, ce n’est pas la seule solution. Il faut plus que la pépression. Il faut aussi toute une éducation en parallèle. Par exemple, ce serait bien que les personnes responsables et qui ne consomment pas de drogue sensibilisent leurs pairs à ne pas prendre le volant s’ils se sentent sous l’influence d’un quelconque produit illicite. La répression n’est pas efficace chez les personnes ayant une addiction à la drogue. Il faut donc plus de moyens pathologiques. C’est cet ensemble de moyens qui contribuera certainement à réduire le nombre d’accidents de la route et de victimes. 

Pensez-vous que cela aura réellement un effet dissuasif puisque, malgré des sanctions, certains conducteurs conduisent toujours sous l’influence de l’alcool ?
Oui, il y aura un effet dissuasif. But it’s not the silver bullet, qui va résoudre le problème d’alcool au volant. Force est de constater qu’il y a une diminution dans le nombre de contraventions pour conduite en état d’ivresse depuis que les lois ont été renforcées. Puis, les peines d’emprisonnement, qui sont obligatoires après une deuxième offense similaire, ont vraiment dissuadé un grand nombre de conducteurs à prendre le volant sous l’influence de l’alcool. D’ailleurs, il y a des boîtes de nuit qui en souffrent économiquement. Il y a une certaine hésitation chez les jeunes et la tendance veut que les personnes qui ne veulent pas conduire engagent un chauffeur pour aller faire la fête. Ce qui démontre que les sanctions ont des effets positifs. 

Est-ce que nos policiers sont suffisamment équipés pour détecter si une personne est sous l’influence d’un quelconque produit ?
Je ne sais pas s’ils ont les équipements voulus. N’empêche qu’il faut une formation appropriée. Par exemple, dans certains pays, il y a des Drug Evaluation Experts, dont des policiers. Ils ont été formés pour pouvoir détecter les personnes ayant consommé des produits illicites en les regardant dans les yeux afin de détecter si les pupilles sont dilatées ou pas. Il y a aussi un autre moyen simple, qui constitue à demander à la personne de se tenir sur un pied. D’où le fait que la formation est de mise. 

Que faut-il faire de plus pour décourager l’alcool, la drogue et autres substances illicites au volant ?
On ne peut pas continuer à augmenter les sanctions et les peines. À un certain moment, on se retrouvera avec des personnes ne pouvant payer leurs amendes. Des pères de famille risquent de se retrouver derrière les barreaux et perdre leur emploi par manque de moyens financiers. Au niveau de la Prat, on encourage l’éducation des jeunes avant même qu’ils ne s’engagent sur la route. Nous sensibilisons les chauffeurs et les autres usagers de la route à être responsables, prudents et courtois. La route est dangereuse et c’est à nous de nous ajuster et d’essayer de partager cet espace avec les autres chauffeurs, ce en toute sécurité. 

Les peines sont assez sévères. Selon vous, jusqu’où peut-on aller pour décourager la conduite dangereuse et irresponsable ?
Il faut sensibiliser la jeune génération durant son parcours académique, comme ajouter l’éducation civique ou encore la responsabilité civile dans les matières académiques. Il faudrait aussi lui expliquer les dangers de la route et lui enseigner le Code de la route. Même si les jeunes ne sont pas encore des conducteurs, ils doivent prendre en ligne de compte qu’ils sont des piétons. Ils doivent donc être éduqués sur la manière de marcher, traverser et reconnaître les dangers de la route. Par ailleurs, pour les aspirants conducteurs, la formation doit être plus axée vers la conduite défensive. Il faut leur apprendre à ajuster la vitesse par rapport aux dangers qui existent sur la route. À titre d’exemple, il ne faut pas accélérer sur une route libre, car elle peut cacher des dangers que le conducteur n’a pu prévoir. C’est toute cette formation qui va changer notre culture dans le futur. Cela va, toutefois, prendre du temps. 

On constate aussi qu’il n’y a pas assez de patrouilles policières dans les endroits sensibles les vendredis soir et les week-ends. Ne faut-il pas renforcer les patrouilles ?
Effectivement, on trouve beaucoup plus de patrouilles dans la journée entre 8 et 9 heures et de 15 à 17 heures. Forcément, c’est pour alléger la circulation. Cependant, on en trouve moins le soir, surtout aux endroits dangereux et à haut risque. En Angleterre ou en Australie, il y a davantage de patrouilles le soir que pendant la journée. À Maurice, on a besoin d’un renforcement à ce niveau. Il faut également se servir des nouvelles technologies pour détecter les infractions, surtout celles qui sont commises à des feux rouges. Et aussi pouvoir traquer les motocyclistes qui occasionnent un grand nombre d’accidents.

Justement, les moto-cyclistes restent les plus dangereux sur nos routes et sont majoritairement impliqués dans des accidents. Malgré tout, ils font preuve d’imprudence…
Le nombre de motocyclettes est phénoménal par rapport aux quatre roues et cela peut s’expliquer par des raisons socio-économiques. Certains n’ont pas les moyens d’acheter une voiture. Une motocyclette est donc l’alternative la plus pratique. Néanmoins, nos routes ne sont pas adaptées pour accueillir les motocyclettes, les quatre roues et les piétons en même temps. À Maurice, il y a de nombreux cas d’accidents impliquant des motocyclistes qui restent les plus vulnérables sur nos routes. Ces personnes ne sont pas formées convenablement pour être des professionnels de la moto. D’ailleurs, un grand nombre d’entre elles n’a même pas de permis. On constate aussi qu’il y a beaucoup d’indiscipline chez les motocyclistes. Il faut donc une formation pour les conscientiser sur leur vulnérabilité, parce qu’ils ne sont pas protégés. Je pense que cela prendra beaucoup de temps. 

Les moto-écoles ont pour objectif de former des motocyclistes responsables. Toutefois, il y a des tergiversations des autorités sur le dossier moto-école…
Les amendements faits aux lois doivent prendre en considération les facteurs socio-économiques. La moto-école, c’est quelque chose de nouveau à Maurice. Celles qui opèrent notent un fort taux d’absentéisme parmi les personnes inscrites pour apprendre à conduire. Certaines n’arrivent pas à payer pour la formation, tandis que d’autres ne trouvent pas le temps d’y aller à cause de leur travail. Est-ce qu’il faut rendre obligatoire cette formation ? Cela peut avoir des impacts sociaux. À la Prat, on pense qu’il faut le faire graduellement, tout en prenant en considération le nombre de motocyclistes, qui ont pris l’habitude depuis belle lurette de rouler avec un learner ou quelquefois sans permis. D’autre part, il y avait des contestations sur la somme à débourser pour cette formation. Donc, il faut bien réfléchir avant de modifier les lois. Il faut prendre en compte que Maurice est une petite île et que ce n’est pas l’Australie. On a notre réalité et quelquefois, il faut être flexible. 

Que pensez-vous de la possibilité d’introduire un système de Bonus-Malus pour les assurances par le gouvernement, dans le but d’encourager les chauffeurs à être plus prudents sur nos routes ?
C’est un système qui fonctionne en Europe et en Australie, mais ce n’est pas forcément ce dont on a besoin, ici à Maurice. Ce n’est pas sûr que ce système soit efficace. Certes, pour des gens qui ont les moyens, cela ne va pas poser de problèmes. Ils pourront s’accommoder si la prime d’assurance augmente. Mais les gens qui ont des moyens assez limités risquent de se retrouver sans assurance. Il faut faire attention avant d’imposer à Maurice un système venant d’un autre pays. 



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Defi Media

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