CWA: le mystère des robinets à sec

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À St-Pierre, plus une goutte d’eau ne coule depuis le mercredi 10 avril, selon des habitants. 

«Ce n’est qu’à Maurice qu’il y a inondation et sécheresse en même temps !» C’est la phrase qui tourne en boucle sur les réseaux sociaux en ce moment. Une situation presque risible si ce n’est le grand nombre de Mauriciens privés d’eau ces derniers temps. Malgré les grosses pluies qui se sont abattues sur l’île cette semaine, plusieurs régions continuent à subir des coupures d’eau drastiques.

À Lallmatie, c’est le désert du Sahara depuis le mercredi 10 avril. Du moins, lorsqu’il s’agit du robinet. Jasper Ramkhalawon, un habitant de l’endroit, indique qu’il a fait plusieurs plaintes sur le 170, hotline de la Central Water Authority (CWA), mais il est toujours à la recherche de l’or bleu.

Nathalia, qui habite à Saint-Martin, dans le Sud, à proximité de Baie-du-Cap, indique que l’eau coule au gré du vent dans son village depuis des années. Depuis dimanche dernier, 8 avril, les robinets étaient de service mardi seulement, entre 17 heures et 20 heures, et mercredi, une heure de moins. «Mem avek sa lapli-la tank rest vid. Sa fer enn ta lané ki koumsa ek kamion sitern vini rarman.» Sa facture, indique-t-elle ne dépasse d’ailleurs jamais les Rs 100.

Mais attendez encore. À Mahébourg, Divya Teeluck explique que l’eau est tellement rare chez elle que sa facture lui vient à… Re 1 ! Alors qu’il y a quelque mois encore, elle payait entre Rs 300 et Rs 400 mensuellement à la CWA.

23 projets en cours

Certes, les grosses pluies ont rempli les réservoirs. Mais elles sont également responsables des interruptions de la fourniture d’eau dans certaines régions. Particulièrement dans le Sud et l’Est. Selon Dorina Prayag, coordinatrice de la hotline de la Central Water Authority, les stations de pompage ne peuvent fonctionner correctement car l’eau boueuse et les détritus bouchent les filtres.

Qu’en est-il pour le reste de l’île ? Les travaux que fait la CWA sont-ils à blâmer ? Il y a, selon le site de la CWA, 23 projets en cours. Parmi, plusieurs travaux de remplacement de tuyaux, comme à Poste-de-Flacq à Poste-Lafayette ou encore dans la région de Moka. Il y a également ces travaux au coût de Rs 350 millions dans la région de Rose-Hill, qui devraient permettre aux habitants d’avoir une fourniture d’eau 24 h/24. La région a connu plusieurs épisodes de sécheresse ces derniers temps avec ces travaux, de même qu’avec ceux du Metro Express. 

Dorina Prayag explique toutefois que les travaux effectués par la CWA autour de l’île se font durant les heures de coupure, afin que cela n’affecte pas la fourniture d’eau. Par exemple, soutient-elle, il y en a qui sont effectués en ce moment à Plaine-Verte et à Roche-Bois, mais cela n’affecte pas la fourniture. Au cas contraire, les abonnés sont mis au courant et des camions-citerne mis à leur disposition.

Nombreux sont également ceux qui se plaignent des heures irrégulières à laquelle l’eau coule. Une habitante de Cité-Malherbes indique qu’elle ne peut se fier à des heures fixes pour l’eau. Pour la fourniture d’eau le matin, si un jour c’est de trois heures à six heures, le lendemain ça peut être de cinq heures à huit heures. Idem pour l’après-midi.

Quels sont donc les horaires pratiqués par la CWA dans les différentes régions de l’île ?

L’information est jalousement gardée. Malgré nos nombreuses sollicitations, nous n’avons pas eu de réponse là-dessus. Toutefois, si l’on se fie aux communiqués et aux nombreux témoignages des abonnés, la norme semble être de trois heures de fourniture d’eau le matin et trois heures encore l’après-midi. Selon une source interne, une réunion devrait avoir lieu demain, justement, pour revoir les horaires de distribution.

Mais selon Dorina Prayag, il n’y aura pas de changement à ce niveau.

Autre point sensible qui affecte la fourniture d’eau, le Bagatelle dam, prêt depuis un bon moment déjà, qui n’est toujours pas en service. C’est la construction de la station de traitement qui fait défaut. Selon une source proche du dossier, ce n’est qu’en septembre que celle-ci devrait être opérationnelle. L’échéance a déjà été repoussée à deux reprises.

Pour couronner le tout, des vols de câbles ont eu lieu durant la semaine. Ceux-ci alimentaient les pompes du réservoir de Côte-d’Or qui dessert St-Pierre, Alma et Dagotière, ainsi que d’autres endroits de la région. Des habitants de Saint-Pierre indiquent qu’il n’y a pas eu ne serait-ce qu’une goutte d’eau depuis mercredi. La CWA tente, quant à elle, de rétablir la connexion.

Vos voisins, des voleurs ?

Vous n’avez pas de pression dans votre robinet ? La CWA n’est peutêtre pas à blâmer. Mais vos voisins si ! De nombreux Mauriciens ont trouvé une astuce pour se fournir en eau sans avoir à payer un sou. Ils connectent simplement leurs pompes à eau après le compteur. Cette pratique illégale pénalise les honnêtes consommateurs. Mais n’ayez crainte, la CWA est à leur trousse. Depuis jeudi, plusieurs équipes sillonnent l’île pour traquer les fraudeurs.
 

Intervention politique requise

Cela faisait une quinzaine de jours déjà depuis que les habitants de morcellement Lenoir, à Phoenix, se plaignaient de la fourniture d’eau. L’un d’eux, Ashvin Ray, indique qu’ils n’avaient, jusqu’à vendredi, qu’une heure et demie d’eau par jour, soit de 4 h 30 à six heures du matin. Le robinet était à sec toute la journée et la nuit, jusqu’au prochain matin.

Des dizaines de plaintes sur le 170, une plainte logée au bureau de la CWA ainsi que des courriels à la direction n’auraient rien changé à la situation, mis à part un camion-citerne qui est venu les dépanner deux fois en quinze jours. Vendredi après-midi, surprise ! L’eau coulait du robinet. Ashvin Ray affirme toutefois que c’est arrivé seulement après qu’un voisin a sollicité un député de l’endroit, membre du gouvernement, pour que la fourniture d’eau soit rétablie.Toutefois, ce que le père de famille ne peut digérer, c’est le manque de suivi et, surtout, le manque d’empathie des employés de la CWA avec qui il a eu affaire.

Le dessalement alors ?

Non, ce n’est pas une option pour la CWA. Car elle est trop onéreuse. Or, plusieurs hôtels ont déjà recours au dessalement par osmose pour se fournir en eau potable. L’océan ne risque pas de s’assécher, contrairement à nos réservoirs et réserves souterraines. Les deux hôtels du groupe Beachcomber, au Morne, ne sont tous deux pas connectés au réseau de la CWA. La production quotidienne d’eau potable à travers le dessalement est à 800 m3. L’hôtel Trou-aux-Biches Beachcomber traite 450m3 d’eau par jour et s’approvisionne en quantité égale auprès de la CWA. Selon la cellule de communication du groupe, la qualité de l’eau issue du dessalement est similaire, voire même meilleure que celle du réseau. Sur le long terme, le dessalement coûte moins au groupe que de s’approvisionner auprès de la CWA.




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Lexpress

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