Sona Shewhorak: «Enn goblé mo pa finn gagn létan sové dépi mo lakaz»

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Il a 79 ans et cela fait maintenant 40 ans qu’il habite à Fond-du-Sac. Sona Shewhorak, père de cinq enfants, fait partie de ceux ayant tout perdu lors des inondations survenues mardi. Entre-temps, cet ancien «attendant» d’hôpital a élu domicile chez son fils, pour quelques jours. Rencontre.

La maison de Sona Shewhorak a été inondée à trois reprises. Notamment en 2016, lorsqu’elle avait fait la une des journaux suivant des inondations à Fond-du-Sac.

Comment avez-vous vécu cette inondation, mardi ?
Il y avait de la pluie ce jour-là. Nous n’y avions pas prêté attention. Nous ne savions pas que cela allait être aussi grave. Vers 18 heures, l’eau a commencé à pénétrer la maison. Nous n’avons rien pu faire. Nous avons dû évacuer d’urgence les lieux, au risque de périr noyés. Enn goblé mo pa finn gagn létan sové dépi mo lakaz.

Délo finn mont ziska pré ek dal. La motocyclette d’un habitant, qui vit à plus de 300 mètres de chez moi, a atterri dans ma cour, avec le courant d’eau. Des portes et d’autres objets des voisins ont aussi été retrouvés chez moi.

Et vous habitez tout seul ?
Non. Il y a ma femme, un de mes fils et mon petit frère, qui est handicapé. Il est cloué au lit depuis plusieurs années maintenant. Il ne bouge pas. Depuis mardi, il habite chez un voisin. Nous sommes tous solidaires dans le quartier. Les voisins nous aident autant qu’ils le peuvent. Je les remercie pour cela. Mon frère retournera à la maison une fois que nous aurons quelques meubles. Des bénévoles ont déjà exprimé leur intérêt à nous aider. Enn gran mersi a zot !

Et vous alors, vous avez trouvé refuge où, entre-temps ?
Nous nous sommes installés, ma femme et moi-même, chez mon fils pour quelques jours. Là où il est, lui, le risque d’inondation est minime. Tous mes enfants habitent à Fond-du-Sac.

Mo safe la. Mais une fois ma maison nettoyée, nous y retournerons. C’est ma maison. Je n’ai pas d’autre choix. Je n’ai pas peur d’y remettre le pied. Lakaz-la vid la, nanié péna.

An plis, éna loder, sa pou fatig nou. Mé Bondié pou protez mwa.

Ce n’est pas la première fois que la photo de votre maison inondée fait la une des journaux…
En effet, c’est la troisième fois depuis 2013. Je me souviens très bien de la première fois. Et à chaque fois, j’ai tout perdu. Mé inondasion sé travay Bondié, mo aksepté li. Mo dir érezma pa finn ariv pli grav. Je ne peux pas faire autrement. Les meubles que les éléments de la Special Mobile Force ont retirés de ma maison mercredi, je les avais reçus en donation il y a quelques années. J’ai tout perdu. Avant et maintenant. Cette fois-ci a été un grand coup. Mais je me relèverai. Je suis fort. Mo mantal for mwa ! Mo madam osi !

Selon vous, pourquoi Fond-du-Sac n’est touché par les inondations que depuis 2013 ?
Fond-du-Sac a été un village où il a fait bon vivre. Je suis là depuis 40 ans maintenant et je ne regrette pas d’avoir vécu ici. D’ailleurs, quand j’ai acheté ce terrain, je ne savais pas que j’allais vivre un tel calvaire 40 ans après. Ek mo bizin dir ki mo lakaz finn touzour trouv li dan sa trou-la. Mais ce sont les constructions, aux alentours, qui se sont faites un peu partout qui en sont la cause principalement. Zot finn tir tou kann. L’eau définitivement va aller vers les habitations. Fond-duSac inn vinn modern aster…

Et quelles sont les solutions, selon vous ?
Les mo dir enn zafer… Met sa bien an gran ! Mo pa lé kas dé sa gouvernma-la. Mo zis démann li fer nou drain. Ces mêmes drains que les trois députés actuels de cette circonscription nous promettent depuis quatre ans maintenant. Maintenant, ils viennent nous dire qu’ils débuteront le projet dans trois mois. Je n’ai pas confiance en eux ! Je ne les crois pas ! C’est impossible.

Tout comme les autres habitants…
Bé wi, zot éna rézon pous Gungah. Il ne fait rien pour nous. Il n’a pas idée de notre souffrance… de nos malheurs. Sudesh Rughoobur est un petit peu plus actif sur le terrain, mais il ne fait pas grand chose non plus. Je ne blâme pas le Premier ministre, Pravind Jugnauth, cependant. Je pense qu’il ne peut pas avoir l’œil partout. Sa trwa isi la ki ti bizin get nou an priyorité.

N’envisagez-vous pas de vendre votre propriété et de partir ?
(Rires) Oui, bien sûr ! Ariv enn ler kot ou népli kapav siport tousala. Mais je sais que personne ne voudra l’acheter. D’ailleurs, j’ai un voisin qui essaie de vendre sa maison depuis plus d’un an, mais il n’y parvient pas. Tout le monde sait que nous sommes dans une flood prone area. Kisannla pou anvi vinn ramas lamerdma ?

La solution envisageable, afin que nous puissions terminer notre vie en paix, ne vient pas de nous, les habitants de Fond-du-Sac… Cela dépend de ce gouvernement, il faut juste que les drains soient faits et puis c’est tout. Si éna sa drain-la, kouma délo pou vinn la ?

Le Premier ministre l’avait annoncé : il a déjà voté pour l’argent de ce projet. Où est l’argent ? Qu’est ce qui retarde le projet ? Il faut qu’il y ait mort d’homme pour agir ? Il y va de l’avenir des enfants de Fonddu-Sac. C’est urgent. Je l’implore…




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Lexpress

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