le chef du Conseil militaire de transition annonce sa démission

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Des manifestants soudanais protestent contre l’annonce d’un conseil de transition dirigé par des militaires, devant le ministère de la défense à Khartoum (Soudan), le 12 avril 2019.
Des manifestants soudanais protestent contre l’annonce d’un conseil de transition dirigé par des militaires, devant le ministère de la défense à Khartoum (Soudan), le 12 avril 2019. STRINGER / REUTERS

Le ministre soudanais de la défense, Aouad Mohamed Ahmed Ibn Aouf, a renoncé vendredi 12 avril à diriger le Conseil militaire formé après la destitution du président Omar Al-Bachir. Il a annoncé son remplacement par le général Abdel Fattah Abdelrahman Bourhan lors d’une allocution télévisée.

Plus tôt dans la journée, le Conseil militaire de transition, au pouvoir au Soudan depuis la destitution, jeudi, du président Omar Al-Bachir, avait promis, vendredi 12 avril, que le futur gouvernement serait « un gouvernement civil », gageant qu’il y aurait un dialogue de l’armée « avec les entités politiques ».

« Nous allons dialoguer avec toutes les entités politiques pour préparer le climat des échanges en vue de la réalisation de nos aspirations », a déclaré le général Omar Zinelabidine, membre du Conseil militaire de transition, pour tenter d’apaiser les manifestants opposés à une transition militaire. Au cours d’une conférence de presse à Khartoum retransmise à la télévision, le général – présenté comme le chef du comité politique du Conseil militaire – a également assuré que le futur gouvernement serait « un gouvernement civil », sans toutefois fixer d’échéance.

Le Conseil militaire de transition au Soudan « ne gouvernera pas, il se contentera d’être le garant d’un gouvernement civil qui sera formé en collaboration avec les forces politiques et les parties prenantes », a martelé au Conseil de sécurité son ambassadeur à l’ONU, Yasir Abdelsalam. « La suspension de la Constitution pourra être levée à tout moment. De plus, la période de transition pourra être réduite en fonction des développements sur le terrain et l’accord des parties prenantes », a-t-il ajouté.

« Ce n’est pas un coup d’Etat militaire »

Les militaires au pouvoir démentent avoir mené un coup d’Etat et s’évertuent à rassurer la communauté internationale ainsi que les manifestants qui, eux, veulent leur départ. « Ce n’est pas un coup d’Etat militaire, mais une prise de position en faveur du peuple », a déclaré le général Omar Zinelabidine, membre du Conseil militaire. Celui-ci a réclamé une aide financière étrangère pour résoudre la grave crise économique ayant déclenché les manifestations contre le régime. « Nous vivons une pénurie de produits de base comme la farine ou le carburant », a-t-il ajouté.

Le président Omar Al-Bachir, qui dirigeait le Soudan d’une main de fer depuis trente ans, a été renversé, jeudi 11 avril, par un coup d’Etat de l’armée, dans le sillage d’un soulèvement populaire, et remplacé par un « Conseil militaire de transition » pour deux ans. A sa tête avait été nommé le général Awad Mohamed Ahmed Ibn Auf, ministre de la défense depuis 2015, après que ce dernier a annoncé à la télévision d’Etat « la chute du régime et le placement en détention dans un lieu sûr de son chef ».

En réponse à une question des journalistes sur le sort d’Omar Al-Bachir, le général Zinelabidine, chef d’état-major de l’armée et chef adjoint du Conseil militaire de transition, a confirmé vendredi que le président déchu était « actuellement en détention ». M. Al-Bachir ne sera pas « livré à l’étranger », a-t-il assuré, alors qu’il est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale de La Haye, pour « crimes de guerre » et « contre l’humanité » au Darfour, ajoutant en 2010 l’accusation de « génocide ».

« Notre mission essentielle est de préserver la sécurité et la stabilité du pays », a d’autre part déclaré le général, affirmant que l’armée ne « permettra[it] aucune atteinte à la sécurité » sur l’ensemble du territoire du Soudan.

Lire notre récit : Les manifestants au Soudan appellent désormais à la « chute » de la junte

Une « photocopie du régime »

A Khartoum, le 12 avril.
A Khartoum, le 12 avril. STRINGER / REUTERS

Campant depuis sept jours d’affilée devant le quartier général de l’armée, des milliers de manifestants ont marqué leur rejet de la mise en place d’instances militaires de transition dans la nuit de jeudi à vendredi, malgré le début d’un couvre-feu, imposé par M. Ibn Auf, pour un mois, de 22 heures à 4 heures.

« C’est notre place. Nous l’avons prise et nous n’allons pas l’abandonner jusqu’à ce que la victoire soit acquise. On a violé le couvre-feu. Nous allons continuer à le faire jusqu’à ce que nous obtenions un gouvernement de transition », a affirmé Abou Obeïda, un manifestant. « Les gens ne veulent pas un Conseil militaire de transition », mais « un conseil civil » a déclaré dans un Tweet Alaa Salah, une étudiante devenue « l’icône » du mouvement.

Pour beaucoup de Soudanais, cette nouvelle donne politique n’est qu’une « photocopie du régime ». « Le régime a mené un coup d’Etat militaire en présentant encore les mêmes visages […] contre lesquels notre peuple s’est élevé », a réagi jeudi la Déclaration pour la liberté et le changement – union de partis d’opposition et de professionnels soudanais. « Nous appelons notre peuple à continuer son sit-in devant le QG de l’armée et à travers le pays. »

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis et l’Union européenne (UE), ont exhorté les militaires à intégrer les civils pour cette transition. De son côté, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a réclamé que la transition au Soudan respecte les « aspirations démocratiques » du peuple.

Lire le portrait : Omar Al-Bachir, figure déchue d’un islamo-militarisme arabo-africain



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