comment Anil Ambani est devenu un interlocuteur-clé de l’industrie française de la défense

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L’opposition indienne accuse l’homme d’affaires, proche du premier ministre Narendra Modi, d’avoir été favorisé dans la vente de 36 avions de combat de Dassault Aviation à New Delhi.

Par Julien Bouissou et Anne Michel Publié aujourd’hui à 09h00

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Anil Ambani, le patron de Reliance Entertainment, à l’Elysee, le 21 février 2017.
Anil Ambani, le patron de Reliance Entertainment, à l’Elysee, le 21 février 2017. Philippe Wojazer / REUTERS

Ce samedi 1er décembre 2018, Narendra Modi ne cache pas son inquiétude lors d’une entrevue avec le président Emmanuel Macron, en marge du sommet du G20 à Buenos Aires. Officiellement, il est question d’« élargir » et de « diversifier » le partenariat stratégique entre les deux pays. En réalité, le premier ministre indien passe une grande partie de la réunion d’une heure à lui faire part, selon une source diplomatique, de ses préoccupations sur ce qui est en train de devenir en Inde « l’affaire Rafale ». Pas un jour ne passe sans que Rahul Gandhi, le leader du Parti du Congrès dans l’opposition, n’accuse M. Modi de « corruption » dans la vente, par le français Dassault, de 36 avions de combat Rafale à l’Inde. Et d’avoir favorisé son ami Anil Ambani.

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A vrai dire, Rahul Gandhi n’est pas le seul à s’étonner du choix de cet industriel proche de Narendra Modi et originaire comme lui de l’Etat du Gujarat, à l’ouest de l’Inde. Pourquoi Dassault et l’Etat français ont-ils choisi cet héritier d’un grand empire industriel qui a connu plusieurs faillites retentissantes, et n’a surtout aucune expérience dans l’industrie militaire, encore moins dans le secteur aérien ? S’ajoutent plusieurs affaires de corruption où son nom est apparu.

Des cadres dirigeants de son groupe ont été poursuivis pour le versement de pots-de-vin dans l’attribution de licences de téléphonie de deuxième génération à la fin des années 2000, avant d’être finalement relaxés en décembre 2017, faute de preuves. Au moment de rendre sa décision, le juge avait bien précisé qu’il déplorait le piètre travail de l’accusation qui n’avait versé au dossier que de maigres preuves. A cette époque, le Bureau central d’enquête, l’équivalent du FBI américain, chargé de cette mission, est sous contrôle étroit du gouvernement de Narendra Modi. En dépit de cette réputation sulfureuse, Anil Ambani est devenu, après l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi en 2014, un interlocuteur-clé de l’industrie française de la défense.

Tempête politique

Dassault a-t-il vraiment choisi Anil Ambani comme il le prétend ? Côté français, on tente de se justifier : « Les partenaires potentiels en Inde ne sont pas si nombreux. » Année après année, la liste des milliardaires indiens s’allonge pourtant. Mais les proches de Narendra Modi, dont Anil Ambani fait partie, sont plus rares. Le jour de l’anniversaire du premier ministre indien, le 17 septembre 2016, Anil Ambani a déclaré sa flamme à celui qu’il considère comme le « leader des leaders, le roi des rois ». Un sentiment partagé par sa famille puisque le frère d’Anil, Mukesh Ambani, l’homme le plus riche d’Asie, a lancé l’opérateur de télécommunications mobiles Jio en s’achetant des pages de publicité dans quasiment tous les journaux du pays pour remercier M. Modi et sa « vision de l’Inde numérique comme source d’inspiration ».



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