Roche-Bois: la Cité du «nisa»

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À Batterie-Cassée, la drogue se vend au vu et au su de tous.

Batterie-Cassée. Il est 18 heures tapantes en ce jeudi 4 avril. Malgré la pluie, les rues sont bondées de personnes. Selon les habitués, c’est l’heure à laquelle les loups sortent du bois, le moment où dealers et drogués se retrouvent pour faire des affaires. Rien de nouveau dans ce quartier rongé depuis longtemps par ce fléau, qui touche de plus en plus de jeunes, à en croire les travailleurs sociaux qui sont sur le terrain.

Mardi 2 avril, au Parlement, le député mauve Aadil Ameer Meea a d’ailleurs posé une question sur la prolifération de substances illicites à Roche-Bois. Ce à quoi sir Anerood Jugnauth a lancé un : «What does he expect ?» à la ronde. «Do your job», a rétorqué Shakeel Mohamed avant que le ministre mentor ne lui balance un «mové malelvé» à la figure. Ce qui est certain, c’est que les dealers eux, font leur job dans cette région…

Hommes, femmes et quelques enfants en bas âge sont plantés sur le bas-côté de la route. L’atmosphère est tendue, il y a de la méfiance dans l’air. Les regards inquisiteurs sont nombreux. Les «corbeaux», comme on les surnomme dans le quartier, sont aux aguets, prêts à donner des coups de bec à ceux qui oseraient les déranger.

Ces oiseaux de mauvais augure travaillent à plein-temps pour les dealers et sillonnent la région pour signaler la moindre présence douteuse. Ils n’hésitent pas à arrêter un véhicule «suspect», exigent des explications s’ils ont des doutes sur l’identité des visiteurs. Il faut donc agir très vite, conversations et interrogations doivent être écourtées.

«Zot pa per personne»

Le «nid», là où le cerveau principal, le parrain, de Batterie-Cassée effectue ses basses besognes, se trouve dans une ruelle bondée de monde. À pied, en voiture ou encore à moto, ils sont là, à faire la queue pour avoir leur dose quotidienne. Une fois la drogue achetée, il arrive que la consommation se fasse sur place, selon un commerçant à proximité de «baz-la». «Zot pa per personn isi. Zot lérwa. Zot fer séki zot anvi.»

Des consommateurs, eux, sont déjà «dan nisa». Ils sont assis à même le sol, «lizié kolé». Cette scène est normale dans le quartier. «Sa, sé enn zafer ki nou trouvé souvan sa», soulignent des témoins en ricanant. Pour ce qui est de la vente de drogue, même si le quartier est chaud, bouillonnant, les berlines, BWM et autres Mercedes y font, souvent le va-et-vient. «Tou dimounn koné ki éna ‘zafer-la’ isi. Ek lapolis pa véyé nanyé.»

Parmi ceux qui «fat yen», de nombreux jeunes. «Éna de plis an plis zénes pé tom ladan», affirment les travailleurs sociaux. La drogue, elle, se faisait rare il y a quelques jours. Héroïne et cocaïne se faisaient «désirer». La faute aux nombreuses saisies effectuées par les douaniers et les policiers récemment. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil au «police brief» quotidien pour s’en rendre compte. «Toulézour samem pé tandé. Ou pa nn tandé pé ramas par miliar?» fustigent certains, visiblement agacés. Du coup, dans la cité, on se rabat sur le synthé… «Kan pa pé gagn zafer-la, ki nou fer? Nou pa pou bizin rod lot moyen? Be samem!»

«Al ver lédikasion»

Le manque n’a pas le temps cependant de se faire sentir, les poudres blanches refont vite leur apparition dans leur quartier, comme à l’accoutumée. D’ailleurs, selon les travailleurs sociaux, il serait faux de dire qu’il y a une diminution de la drogue. «Lapolis konn zot rol isi. Kifer li pa azir kouma bizin ? Inn deza vinn kraz lakaz-la (NdlR, l’antre du parrain) lané dernier.» Mais le nid a vite été reconstruit, tout est retourné à la normale…

Pour Edwige Dukhie, même si certains endroits sont plus touchés que d’autres, la drogue demeure un fléau national. «Zis akoz sa landrwa-la, donk éna stigmatisation. Mé nou pé trouvé, atraver lapres mem ki li partou aster.» Et, constate la travailleuse sociale, si le «commerce» se fait à l’ombre dans des régions spécifiques, il est vrai qu’à Baterrie-Cassée, cela se fait au vu et au su de tous. «Éna enn sertin liberté, bizin dir, isi… Lapolis bizin pa ferm lizié.»

Ce n’est pas pour autant que l’espoir n’est pas permis. Le Mouvement pour le progrés de Roche-Bois, par exemple, s’évertue à encadrer des jeunes et des familles, afin de les aider à mettre l’accent sur l’éducation, notamment. «Si zot al ver lédikasion, zot pa pou éna létan pou ladrog…» D’ici là…




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Lexpress

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