[Société] Tatoueuses et tatouées : Des histoires sous la peau

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Selon un sondage Ifop réalisé en 2018, 1 français sur 5 est tatoué. Et parmi eux, les femmes sont 20% contre 16% pour les hommes. Le studio de tatouage dionysien Maison Bleue en est le parfait exemple. Le salon est géré par trois talentueuses tatoueuses qui nous racontent leur quotidien dans ce milieu majoritairement masculin. Rencontre.

 

Façades d’un bleu océan et grandes baies vitrées… Impossible de se douter que derrière l’enseigne de Maison Bleu se trouve un salon de tatouage. Passé la porte, un grand open-space s’offre aux visiteurs avec d’un coté un grand bureau et de l’autre un salon très chaleureux doté de fauteuils en cuir et d’une petite bibliothèque. Au fond, derrière un rideau en lanières transparentes, à l’abri des regards, l’espace de tatouage. On peut dire que Maison Bleue porte bien son nom puisqu’on s’y sent comme chez soi. Implanté depuis tout juste un an en plein centre-ville de Saint-Denis, le shop propose un nouveau concept autour du tatouage. « On voulait un lieu où tout le monde se sente bien, comme si on allait chez un pote. On souhaitait aussi que ce salon soit un peu détaché du traditionnel salon de tatouage de bikers avec des crânes partout, des vitres teintées, de la lumière tamisée… ça peut parfois effrayer les clients », expliquent les jeunes entrepreneuses.

 

Les rires fusent à travers la salle. Lou, la gérante, travaille avec Léah, son amie depuis le lycée, et Clara qui les a rejoint dans le courant de l’année. Les tatoueuses avouent sans peine que le milieu est majoritairement masculin, même si les artistes féminines s’y font peu à peu une place. Que l’équipe soit composée de femmes est un concours de circonstances, plus qu’un choix : «Les choses ont fait qu’on travaille entre femmes et finalement, on ne veut rien y changer. On s’est rendue compte que ça mettait notre clientèle très à l’aise, par exemple pour se faire tatouer des endroits délicats comme les seins. Beaucoup de clientes, mais aussi des clients, préfèrent être tatoués par des nanas. C’est aussi plus facile de nous parler de projets qui peuvent être moins tolérés par les mecs », raconte Léah.

 

Métier d’art

 

L’agencement assez atypique du shop a donné l’idée à Lou de proposer à des artistes réunionnais d’exposer dans leur salon. « A l’ouverture, on en a rencontré qui ont beaucoup de talents mais qui n’ont pas forcément les moyens de faire appel à des galeries d’art. On leur a donc proposé d’exposer ou vendre leur travail ici sans s’en occuper et sans prendre de commissions. Ça nous fait aussi de la visibilité, les gens entrent pour voir les œuvres et pourquoi pas venir se faire tatouer ! Et puis, nous sommes des zoreys, promouvoir ces artistes est aussi notre manière de montrer qu’on s’intéresse à la culture réunionnaise », déclare la gérante. Cette dernière insiste sur le fait que le ta- touage appartient au domaine de la culture et de l’art. En effet, le métier de tatoueur fait partie de ces rares professions qui s’apprennent encore « sur le tas ». Malgré quelques tentatives pour encadrer l’apprentissage, il n’existe pas d’écoles ou de diplômes en France. « C’est un vrai métier d’artisanat. Quand tu décides de te former, tu vas dans les salons avec ton book de dessins et tu demandes au tatoueur s’il veut bien te prendre sous son aile pendant deux ou trois ans. Et tu apprends les techniques comme ça, en direct. La formation est à l’ancienne parce que tu es mal payé et pas déclaré. C’est très difficile, même aujourd’hui », confient les deux amies.

 

À Maison Bleue, pas de tatouages polynésiens ou hyperréalistes. Avec un style très graphique et néo-traditionnel, les tatoueuses se gardent d’accepter toutes les propositions de projets. « On ne tatoue pas ce qu’on ne se sent pas capables de faire. Si c’est le cas, on envoie nos clients chez d’autres tatoueurs spécialisés dans ce style. Souvent les gens ont vu des choses sur internet et ils ont des désirs qui ne sont pas forcément réalisables en terme de tatouage parce que les dessins sont photoshopés et ils sont impossibles à faire ! De toute façon, on refuse catégoriquement de reproduire des images déjà existantes. On propose toujours de modifier ou de changer le design dans un souci d’éthique et pour que ça soit quelque chose d’unique. On ne veut pas qu’un client revienne nous voir dans deux mois parce qu’il n’aime plus son tatouage ».

 

Les trois femmes mettent surtout en avant une phase de conseil et d’écoute face aux demandes des clients avant de passer sous l’aiguille. Zone du corps, type de dessin, vieillissement du tatouage… Elles prennent un long moment à discuter pour connaître les intentions des personnes qui passent leur porte. « On n’est pas là que pour prendre leur pognon et dire oui à tout. Parfois, les clients, surtout les plus jeunes, veulent se tatouer des zones très visibles comme le visage, les mains, le cou… C’est un vrai suicide social pour eux, ils ne savent pas encore ce qu’il veulent faire de leur vie ! Les gens se focalisent encore beaucoup là-dessus et ça crée des aprioris. Si on accepte, on ne pourra plus dormir, on se dit qu’on a peut-être fichu la vie de quelqu’un en l’air ».

 

A La Réunion, comme en métropole, toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées par le tatouage. Beaucoup plus qu’un simple aspect esthétique, l’encre injectée sous la peau racontent souvent une histoire. Les tatoueuses de Maison Bleue ne comptent plus le nombre de fois où elles ont vécu des moments intenses et touchants. « On est un peu comme des psys parce qu’on côtoie toutes sortes de personnes. Il y a un contact qui se crée avec chacune d’elle parce qu’on les touche. Les gens se mettent à parler d’eux-mêmes et ça déclenche parfois quelque chose de très fort. On a réussi, grâce à notre accueil et à l’attention qu’on donne, à avoir une clientèle qui nous apprécie et qui reste ». Pari réussi puisque Maison Bleue s’est aujourd’hui fait une vraie place dans le paysage réunionnais. Depuis qu’elles ont ouvert, certains sont devenus des habitués. Un des clients y revient tous les mois et un autre est même passé sous l’aiguille sept fois en deux mois. « On a vraiment de super clients et de bons retours. Ils trouvent ici une vraie oreille, à l’écoute de leur demande et surtout une personne qui leur veut du bien. Notre objectif est de démocratiser le tatouage qui reste encore très marginal et tabou. Il ne faut pas croire que c’est élitiste et qu’il faut avoir souffert dans la vie pour mériter un tatouage. Il y en a plein de visions différentes et aujourd’hui tout le monde peut prétendre en avoir un ! », concluent-elles.

Il ne reste plus qu’à sauter le pas !

 

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Leur interview est à retrouver ici : Maison Bleue : Un trio de joyeuses tatoueuses à Saint-Denis

 

Studio Maison Bleue

02 62 98 93 94

33 rue Labourdonnais Saint-Denis

Du mardi au samedi de 10h30 à 19h

 


 

Paroles de tatouées

• Vanessa, 26 ans

J’ai fait mon deuxième tatouage en 2011 à Paris. « This too shall pass » (Cela aussi finira par passer, en anglais) est un adage qui est tatoué dans l’intérieur de mon bras. Il signifie que tout est éphémère aussi bien les moments difficiles, les douleurs et les échecs, que les moments positifs. Il me rappel qu’il faut profiter à 200% de chaque instant.

• Caroline, 52 ans

C’était sur un coup de tête… Je me suis faite tatouée à 43 ans pour la fête des mères. Je voulais un aigle car c’est mon signe aztèque mais le tatoueur m’a dit qu’il n’avait jamais vu une femme avec cette animal. Finalement, on a opté pour un paille-en-queue qui est maintenant tatoué sur mon omoplate.

• Elodie, 25 ans

Mon premier tatouage représente un croissant de lune entouré de fleurs. Je voulais absolument le faire sur le pied pour que je puisse le voir. J’ai passé plusieurs années à faire des recherches pour élaborer mon dessin. Cette lune noire symbolise pour moi la part de mystère que chacun a en soit et la féminité.

• Valérie, 41 ans

Ça a été un défi ! En sortant de la plage, je suis passée chez le tatoueur, j’étais décidée à surmonter ma séparation. Je me suis dit que la douleur physique durerait un instant, contraire- ment à la douleur morale. J’ai supporté cette douleur, ensuite c’était fini ! Je me suis faite tatouer un hippocampe dans le bas du dos, c’était mon premier tatouage, en 2007.

• Fanny, 25 ans

Je me suis faite tatouée à 17 ans un bracelet discret avec une plume que je peux cacher sous ma montre. Il n’a pas de signification particulière, c’était surtout pour le geste, pour affirmer ma personnalité à une période où je n’ai pas forcé- ment très épanouie dans mon lycée. J’ai été la première à être tatouée dans ma famille.

 


 

Les étapes du tatouage

  1. Réfléchir à un projet de tatouage : dessin, style, zone…
  2. Aller en salon et discuter de votre projet.
  3. Ecouter les propositions du tatoueur.
  4. Prendre rendez-vous. Un acompte est souvent demandé.
  5. C’est le moment du tatouage.
  6. Cicatriser le tatouage en le nettoyant et en appliquant une crème.
  7. Prendre de soin de son tatouage toute sa vie : hydrater sa peau et la protéger du soleil.



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