Tunnel à Chebel: à l’intérieur du «gros trou»


Coup de théâtre samedi 9 mars. Les employés de Larsen & Toubro affirment qu’ils ont découvert une grotte sur le chantier du Metro Express, à Chebel. Mais, selon la firme chargée indienne, chargée de mettre le projet sur les rails, il ne s’agit que d’un «trou» large de deux mètres, qui a été rebouché depuis, à l’aide de pierres. Qu’en est-il vraiment ? Creusons.

Un «trou» large de deux mètres. C’est en ces termes que Larsen & Toubro – compagnie indienne responsable du chantier du Metro Express –, qualifie la ‘cavité’ qui a été découverte à Chebel par ses employés, samedi 9 mars. Depuis, ledit «trou» a été colmaté à l’aide de pierres. Oui mais voilà. Le «trou» en question conduit jusqu’aux entrailles de la Terre… Il est «légèrement» plus grand et s’étend jusqu’à Albion. La preuve.

Aura-t-on droit à un remake du film d’horreur intitulé Terre-Rouge –Verdun ? À en croire les gens aux alentours, oui. Le tunnel de lave, selon le géomorphologue Prem Saddul, – eh oui, ce n’est pas un trou – fait trois mètres de haut, quatre mètres de large et s’étend sur quatre kilomètres. «Kan mo ti tipti, mo ti al ladan. Mo ti mars plis ki 2 km», explique Kheemraz Ortoo, conseiller de district de Rivière-Noire. Il se souvient des détours, des dédales, de l’endroit où le tunnel rétrécit. Malgré sa petite taille, il devait s’accroupir pour pouvoir avancer. À un endroit, des tables et des chaises étaient taillées dans la roche… C’était il y a très longtemps. «Il est impossible de ne pas savoir que ça existe ici», poursuit-il, incrédule. Selon lui, même si des tests appropriés n’ont pas été effectués, il suffisait de demander aux gens dans la rue…

Une des entrées se situe au milieu d’un champ de canne, à Gros-Cailloux. À quelque 200 mètres du «trou» découvert pendant les fouilles. Certes, Larsen & Toubro affirme que les deux ouvertures ne sont pas liées, mais ce n’est pas l’avis des Mauriciens, ceux qui connaissent les lieux comme leur poche. À côté, coule une rivière, alors qu’un bassin d’irrigation se trouve à quelques pas.

Les herbes folles et la végétation ont envahi les lieux. Pour accéder au tunnel, les visiteurs doivent emprunter un petit sentier en pente. Mais il n’y a pas si longtemps, l’entrée était libre comme l’air, et il y avait des marches, avance Kheemraz Ortoo.

L’une des entrées pour accéder au tunnel est désormais dissimulée par la végétation.

À l’intérieur, le noir règne en maître. Mais ici, pas de chauves-souris. Des martinets – un cousin de l’hirondelle très court sur pattes – par centaines, en ont fait leur territoire. La température chute immédiatement. Il fait frais, certainement à cause de l’eau qui s’infiltre à travers les parois. Seul le bruit des gouttelettes d’eau qui martèlent la roche brise le silence épais. Même les oiseaux évitent de chanter pour ne pas briser la quiétude des lieux. L’obscurité est telle que même le «flash» d’un téléphone portable s’y perd.

Le sol, rocheux, est recouvert par endroits d’une épaisse couche de boue. Les «murs» de cet envoûtant tunnel, composés de roche noire, sont striés de blanc; du calcaire. Par endroits, les parois sont si lisses qu’on a l’impression qu’elles ont été polies par quelque main invisible. Celle de Dame Nature, insiste Khemraz Ortoo. Dans ce tunnel, pas d’or, comme dans la caverne d’Ali Baba. Mais des trésors en termes de géologie, de faune, de flore. Ici et là, quelques rares bouteilles de shampooing, des boîtes de margarine en plastique, quelques graffitis. L’homme et la pollution ont-ils donc souillé les lieux ? Non, répond Khemraz Ortoo. «C’est l’eau de pluie qui transporte les déchets de la surface jusqu’ici.»

Les travaux à Chebel se poursuivent normalement après que le trou a été comblé.

En fait, ce tunnel et ses ramifications sont très peu visités par les humains. Certains avancent qu’un van peut facilement y circuler. Faux. Il y a assez d’espace pour un gros camion. Il s’étend à perte de vue. Une source de lumière, tel un halo, permet au regard de se promener jusqu’à quelques centaines de mètres, pas plus. Devant, des zigzags, des détours et, à en croire ceux qui s’y sont aventurés, des embranchements à n’en plus finir. Jusqu’où va le tunnel ? «Si nou mars dépi isi, nou ariv Albion.» La sortie se trouve sous le phare. C’est pour cette raison que la région est appelée Pointe-aux-Caves…

Notre guide nous apprend que l’entrée qui a été «rebouchée» par Larsen & Toubro est donc un embranchement de la «grotte» qu’il a connue lorsqu’il était enfant. Est-ce que cela risque de poser problème ?

«Vous savez, lorsqu’il pleut, l’eau s’évacue par ici. Puis, ce sont des grottes naturelles! Le lieu peut être développé pour des randonneurs et visiteurs. Ce serait un crime de le détruire», lâche notre guide, dépité. «Il ne faut jamais contrarier la nature.» De toute façon, combler un tel espace, ce n’est pas possible…

Le soleil se couche, les martinets font un dernier tour dans le ciel avant de rentrer dans leur abri pour la nuit. Dans le village, c’est le contraire. Les gens sortent, vont à la rencontre des voisins pour papoter. Le sujet du jour : le «trou», alias la cavité, découverte et rebouchée. «Enn simé zot pann fouti ranzé dan 5 banané, asterla zot pé dir enn lakav zot inn fermé dan enn zour?» ironise-ton. Tous se posent la même question : comment se fait-il qu’aucun responsable du chantier du Metro Express n’est au courant de l’existence de ce tunnel alors que tout le monde ici le savait ?

«Alé, si ti kouma dan Ali Baba, ti pé bizin dir Sésame, ouvre-toi, nou ti pou konpran ki zot pann trouv li. Mé la…» ironise une dame de la région… Ses voisins peinent également à comprendre la logique de la chose…

«J’ai 52 ans aujourd’hui. Je me souviens que j’y suis allé lorsque j’avais 12 ans à peu près», confie Sanjay Bahoo, qui habite Gros-Cailloux. Lui aussi se souvient des chaises et tables «gravées» dans la roche. Mais il n’a pas pu aller «tout au fond» à cause du manque d’oxygène à un moment donné. Son ami, Sanjay Jugurnauth rejoint la conversation. Lui, il se souvient des dédales. «Pour ne pas se perdre, nous placions des bougies sur le chemin. Cela nous permettait de nous retrouver facilement après.»

Les embranchements ne s’étendent pas que jusqu’à Albion, ajoute-t-il. Elles rejoignent également la montagne. Sans parler du fait qu’il y a les légendes urbaines associées à ce tunnel. «Inn déza éna krim laba» ou encore, «le lieu servait de refuge à des prisonniers»… Les deux compères confirment que la sortie est à Albion. Que pensent-ils du Metro ? Rires…

Finalement, concluent-ils, le ministère des Infrastructures est plus efficace quand il s’agit de trouver des rivières sous les routes car en matière de tunnel, il ne fait que «dekouver lamerik lor map».

Larsen & Toubro: Aucune incidence sur le tracé

Le trajet du métro express ne sera nullement affecté par la cavité découverte et qui a été comblée à l’aide de pierres. C’est ce qu’a fait comprendre un technicien de la compagnie chargée des travaux dans notre édition d’hier. De préciser qu’il ne faut pas confondre le «trou» et «tunnel» qui s’étend de Chebel à Albion.

Tunnels de lave: les entrailles de Motherland

Un tunnel de lave a été mis au jour sur le chantier du Metro Express, à Chebel. Méconnues, ces formations géologiques souvent peuplées de chauves-souris et d’hirondelles alimentent notre imaginaire. Quand elles ne servent pas tout bonnement de dépotoir. Le géomorphologue Prem Saddul affirme avoir déjà répertorié 105 tunnels de lave. Sa découverte la plus récente date de trois mois.

Ces cavernes pas aussi méconnues que l’on croit

Quelles connaissances avonsnous de notre sous-sol ? Une simple recherche sur le Net révèle une mine d’or d’informations sur les grottes de Maurice, ou pour être géologiquement exact, des tunnels de lave qui parsèment le paysage. Un exemple parmi d’autres : un article du chercheur indépendant Gregory Middleton, publié dans l’International Journal of Speleology en 1998.

En préambule, il écrit : «bien que les îles de la République de Maurice ne soient pas connues pour leur intérêt spéléologique, de récentes recherches indiquent qu’il y a plus de cinquante cavernes importantes, comprenant des tunnels de lave allant jusqu’à 687 m de long et 35 m de large, l’un d’entre eux, de 665 m de long a été découvert dès 1769. La Plaine-des-Roches contient le système le plus étendu de tunnels de lave avec un écoulement souterrain qui s’élève au niveau du rivage».

Gregory Middleton cite, entre autres sources : Mauritius : A geomorphological analysis de Prem Saddul, publié en 1995.




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