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Syrie, un désastre sans fin



Editorial. Après huit années de guerre, exsangue humainement et économiquement, la Syrie est méconnaissable. Et Bachar Al-Assad, le dictateur contre lequel une partie de la population s’est insurgée, est toujours là.

Publié aujourd’hui à 11h21, mis à jour à 11h21 Temps de Lecture 2 min.

Editorial du « Monde ». Huit ans de guerre et un bilan que l’on ose à peine écrire : la Syrie de 2019 est un pays amputé de près de la moitié de sa population valide. Sur les 21 millions d’habitants qu’elle comptait début 2011, entre 300 000 et 500 000 ont été tués et 1,5 million sont invalides. Quelque 6 millions de personnes ont fui à l’étranger et 6,6 autres millions sont déplacées à l’intérieur du pays, vivant le plus souvent dans des conditions très précaires.

Exsangue humainement, la Syrie l’est aussi économiquement. Elle a perdu les trois quarts de son produit intérieur brut, passé de 60 milliards de dollars (53 milliards d’euros) en 2010 à environ 15 milliards aujourd’hui. Un tiers de ses immeubles et des habitations ont été détruits ou endommagés. Le secteur agricole produit moins qu’il y a trente ans. Trois millions d’enfants ne sont pas scolarisés. La Syrie est méconnaissable.

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Aussi terribles soient-ils, les chiffres ne donnent pas toute la mesure du désastre. Car le soulèvement qui a entraîné cette guerre et ses ravages a échoué. Bachar Al-Assad, le dictateur contre lequel une partie de la population s’est insurgée, est toujours là. Son régime s’affaire à consolider le camp loyaliste autour de lui, en s’appuyant sur l’armée qui, contrairement à de nombreuses prédictions, ne s’est pas effondrée. Certains experts décrivent une force en cours de restructuration, sous perfusion russe et iranienne, après avoir perdu la moitié de ses effectifs, mais dont le commandement a tenu bon, permettant l’émergence d’un nouvel ordre militaire et sécuritaire. L’emprise de la communauté alaouite, celle du clan Assad, s’est accrue sur la hiérarchie.

Un bilan diplomatique guère plus brillant

L’opposition est anéantie. La chute d’Alep, en décembre 2016, a brisé son rêve de renverser le régime Assad. Plaque tournante de l’opposition syrienne au plus fort du conflit, la ville turque de Gaziantep, de l’autre côté de la frontière, où vivent 400 000 Syriens, est devenue pour eux une ville fantôme, que désertent peu à peu ONG, consultants et chefs rebelles, à mesure que le régime Assad enchaîne les victoires. Les formations rebelles encore présentes sont passées sous la coupe d’Ankara. La révolution n’est plus qu’un douloureux souvenir.

Le bilan diplomatique n’est guère plus brillant. Usant et abusant de son pouvoir de veto, la Russie a paralysé l’action du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie. Si Bachar Al-Assad a survécu, ce n’est grâce ni à ses talents de stratège ni à son assise politique. Son salut, il le doit essentiellement à l’aviation russe, dont l’entrée en scène, à la fin de l’été 2015, a été déterminante, avec l’appui des forces iraniennes au sol. Sous un déluge de bombes, la rébellion a fini par abandonner ses positions après avoir tenu pendant un an. Aujourd’hui, Moscou, Téhéran et, d’une manière plus complexe, Ankara, sont maîtres du jeu.

Les Etats-Unis et l’Europe, pour leur part, ont concentré leur intervention sur la lutte contre l’Etat islamique. Le succès militaire contre le « califat », cependant, ne doit illusionner personne : le combat peut ressurgir à tout moment, sous une autre forme.

Comment envisager la reconstruction, dans ces conditions ? Son coût est estimé entre 200 milliards et 400 milliards de dollars. Ce ne sont ni Moscou ni Téhéran qui rebâtiront les écoles et les hôpitaux. L’absence d’alternative politique n’incite pas les Occidentaux à payer pour conforter Assad, ni les réfugiés à rentrer. Reconstruire le pays est la nouvelle bataille de Syrie.

Le Monde



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