[Société] Clap de fin sur l’éruption

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La fête est finie, le Grand-Brûlé a retrouvé son calme, hier, après l’arrêt brutal de l’activité au au terme d’un final éblouissant. Mais le volcan a-t-il dit son dernier mot ?

Le rideau est tombé d’un coup ou presque hier matin, à 6h28. Des témoins oculaires, après l’observation de fluctuations des fontaines de lave dans la nuit, ont assisté bouche bée à leur arrêt total en quelques instants. Si cela s’était produit dans la nuit alors que des milliers de spectateurs occupaient les bords de la route nationale 2 illuminée depuis les hauteurs du volcan, la foule aurait sans doute manifesté la même stupéfaction que les Incas de Tintin rendus aveugles par une éclipse providentielle dans Le Temple du soleil.

Un rappel avant le baisser du rideau

Du littoral, on ne s’en est sans doute même pas rendu compte : au bout de quelques minutes, l’activité a repris au cône de la phase éruptive du 19 février, comme si le public avait demandé un rappel. Pourtant, hier au petit matin, la route des laves était bien calme après l’effervescence nocturne. Des fontaines de laves de dix à quinze mètres de hauteur sont réapparues brièvement, avant que l’activité ne cesse pour de bon, peu avant 6h45 et samedi, a entretenu le suspense, avec des fontaines de lave de plus en plus puissantes qui5.

Le piton de la Fournaise, pendant deux jours, vendredi et samedi, a entretenu le suspense, avec des fontaines de lave de plus en plus puissantes qui ont atteint une centaine de mètres de hauteur dans la ont atteint une centaine de mètres de hauteur dans la nuit de vendredi à samedi. Aline Peltier, directrice de l’Observatoire volcanologique du piton de la Fournaise OVPF), avait relevé samedi : « La vidange très rapide de la chambre magmatique fait qu’on se rapproche presque des débits atteints lors de l’éruption d’avril 2007 au Tremblet » (où des pics de 100 voire 200 m3/s avaient été observés). Ce sont « ces augmentations de débits [qui] ont favorisé une progression rapide des coulées » vendredi soir, la lave atteignant 650 mètres d’altitude, avait-elle expliqué.

 

La déception des amoureux transis du volcan

 

Mais la lave n’aura donc pas rejoint la route nationale, à l’immense déception de plus d’un, exprimée parfois en direct sur les réseaux sociaux, sur le ton du commentateur de foot abasourdi par une défaite de l’équipe de France. Pas de traversée de la RN2 par la lave, évanoui le rêve de voir les coulées s’unir à l’Océan ! Presque un drame.

Rendez-vous au prochain épisode éruptif !

 

François Martel-Asselin

Photos Laurent Perrier / MétéoR-OI


15 millions de mètres cubes de lave

Les volumes de lave émis en surface entre le 18 février et le 10 mars ont pu être estimés à environ 14,5 (+ ou – 5) millions de mètres cubes de lave, à partir de données satellites. Au cours des deux derniers jours avant l’arrêt de l’activité, les débits ont été estimés entre 25 et plus de 50 mètres cubes par seconde.

 

 


 

L’enclos du volcan reste fermé

Dimanche midi, quelques heures après l’arrêt de l’éruption, la préfecture a annoncé le passage en phase de sauvegarde du dispositif Orsec volcan. Cette phase du plan d’organisation de la réponse de sécurité civile (Orsec) est enclenchée généralement à la fin d’une éruption, ou tout du moins après l’arrêt apparent de l’activité éruptive et alors que des écoulements peuvent encore être observés, le temps de la vidange des tunnels de lave. C’était d’ailleurs le cas dimanche soir, puisque de la lave incandescente était encore visible sur les images de la caméra de l’observatoire volcanologique braquée sur les Grandes pentes de l’enclos, plus de douze heures après la « fin » de l’éruption.

Cette phase de sauvegarde laisse le temps de s’assurer de l’évolution de la situation (arrêt définitif de l’éruption, reprise de l’activité sur le même site ou ailleurs, comme cela s’est produit à deux reprises lors de l’éruption d’août 2015 au piton Kalla et Pélé)
La phase de sauvegarde permet également de préparer la réouverture de l’enclos par le biais de reconnaissances de terrain menées sous l’égide de l’état-major de zone de protection civile de l’océan Indien (EMZPCOI) avec le concours du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM), du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), de l’observatoire volcananologique et de l’Office national des forêts (ONF).

Pas de réouverture de sitôt

Les conséquences de la première phase de cette éruption, en bordure du sommet, le 18 février, risquent de peser lourd dans la procédure d’évaluation des conditions de la réouverture du site du volcan : non seulement l’éruption a fissuré et recouvert pas loin de 200 mètres de l’itinéraire qui mène au belvédère sur le cratère Dolomieu, mais les géologues du BRGM devront s’assurer de l’intégrité de la plate-forme d’observation. Les fissures éruptives se sont en effet ouvertes à moins d’une trentaine de mètres du bord du cratère Dolomieu à cet endroit.
Côté équipements, sans lien avec l’éruption, plusieurs garde-corps de l’escalier de descente dans l’enclos, en piteux état faute d’entretien normal, devront être réparés, ce qui prend aussi du temps comme on l’a vu lors d’une précédente éruption. Mais le sens de l’anticipation devrait primer à la lueur de l’expérience.
Durant cette phase de sauvegarde, l’accès à l’enclos du piton de la Fournaise reste interdit au public, ce qui tombe bien mal alors que viennent de débuter les vacances scolaires et qu’il n’y a même plus de spectacle à admirer depuis la route des laves dans le Grand-Brûlé. Et la réouverture n’est malheureusement sans doute pas pour demain.

FMA
 


 

La sismicité persiste : vigilance toujours de mise

 

Les scientifiques de l’observatoire volcanologique, malgré l’arrêt de l’activité dimanche matin, se montrent prudents.

 

« Une sismicité est toujours enregistrée sous la zone sommitale du volcan, indique un communiqué de l’OVPF de dimanche soir. Ainsi 26 séismes sommitaux superficiels et 1 séisme profond ont été enregistrés entre la fin de l’éruption le 10 mars à 6h28 et 19h30 heure. Du fait de cette sismicité, aucune hypothèse n’est écartée quant à l’évolution de la situation à venir (arrêt définitif, reprise de l’activité sur le même site, reprise de l’activité sur un autre site). »
On a en effet vu des éruptions reprendre après quelques jours de sommeil, comme au piton Kalla et Pélé lors de l’éruption d’août 2015 : l’hypothèse d’une simple pause n’est donc pas à exclure.
L’arrêt brutal des fontaines de lave de dimanche matin est un peu le scénario qui se dessinait à la lueur de l’exemple de l’éruption de novembre 2002 du piton Guanyin, à proximité du site de l’éruption actuelle, où une phase de forte sismicité avait précédé de quelques jours sa fin, comme dans le cas de cette première éruption de 2019. Ses coulées avaient atteint la route nationale le 30 novembre au soir puis la mer quelques heures plus tard, sur fond d’une forte sismicité. Mais, le 3 décembre, l’éruption avait cessé brutalement.

Les scientifiques notent à ce sujet : « L’arrêt brutal de cette éruption a été précédé par une activité de surface très intense et des fontaines de lave d’une centaine de mètres de hauteur ont été reportées vers 23h le 9 mars. Ces arrêts brutaux ne sont pas inhabituels au piton de la Fournaise et se produisent en général pour 50 % des éruptions. »
 


Trois semaines d’éruption

– Le 18 février, des fissures éruptives s’étaient ouvertes à proximité immédiate du sommet, vers 2500 mètres d’altitude, sur le flanc est du cratère Dolomieu et un peu en contrebas. L’activité avait duré douze heures environ.
– Le 19 février, reprise de l’activité à 1800 mètres d’altitude, à environ 2 kilomètres des sites précédents, à côté du piton Madoré de l’éruption de juin 2001. Les coulées atteignent 1200 m d’altitude en deux jours.
– Le 5 mars, ouverture d’une nouvelle fissure éruptive 150 m en amont de l’activité en cours.
– Le 7 mars, ouverture de nouvelles fissures en aval des sites éruptifs avec plusieurs points d’émission.
– Les 8 et 9 mars : augmentation de la sismicité et des débits. Les coulées descendent à nouveau les Grandes pentes, jusque vers 650 mètres d’altitude, mais elles n’atteignent pas le Grand-Brûlé. Les fontaines de lave prennent de la hauteur.
– Le 10 mars, à 6h28, arrêt brutal de l’activité. La lave n’aura donc pas atteint la route nationale 2 et il s’en faut de beaucoup : elle en était encore distante de 2,5 km.

 

 



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clicanoo

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