Snooker : le rêve brisé d’un joueur mauricien

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Kiran Appadoo, 39 ans, a le snooker dans la peau. Son rêve était d’être le premier Mauricien à jouer sur les circuits internationaux de la World Snooker Association. Mais le destin en a voulu autrement.

Storekeeper d’une entreprise textile, serveur, agent de sécurité, guide touristique… Kiran Appadoo a opéré dans divers secteurs avant d’atterrir dans le domaine de l’assurance. Aujourd’hui Insurance Advisor, il exerce ce métier avec dévouement. D’ailleurs, gravir les échelons demeure son ambition. Cependant, il est toujours hanté par le spectre de son rêve brisé. Celui d’être un joueur de snooker professionnel. C’est un coup de fil reçu du ministère de la Jeunesse et des Sports qui vient anéantir ses espoirs.

Remontons à l’an 2000. Kiran Appadoo se rend en Angleterre pour des études de droità l’Université d’East London. Deux mois plus tard, le hasard fait qu’il rencontre le joueur professionnel de snooker, Steve Sanders, qui lui demande d’où il vient et ce qu’il fait en Angleterre. Kiran lui déballe ses plans. « Here, money is not sitting in the office, but money is in sports », lui dit Steve Sanders qui est, au fait, le manager de l’Ilford Snooker Centre à Londres. Il l’invite à jouer dans son club. Jouant au snooker à Maurice depuis ses 17 ans, Kiran est aux anges lorsque cette opportunité se présente à lui. « J’étais impressionné par ce gigantesque club de quatre étages avec sa soixantaine de tables de snooker de taille réelle et 75 tables de billard. Il y avait même des salles privées. »

Dans le bureau de Steve Sanders, Kiran découvre des trophées et des certificats. « Il est le UK No 2 Professional Pool Player. Il m’a demandé si je voulais jouer au snooker et, puisque j’avais déjà remporté des tournois de billard à Maurice, j’ai dit oui sans hésiter. » Dans un éclat de rire, Kiran avoue: « Monn gagn enn bate bef. » Et d’ajouter que cette expérience lui a toutefois permis de comprendre le niveau professionnel des joueurs de snooker.

« C’est tout un autre monde. Déjà, la mentalité n’est pas la même. À Maurice, quand on va dans un club, c’est pour se distraire. Là-bas, c’est l’antre de la compétition. »

Une carte privilège en main, Kiran joue au snooker autant qu’il le souhaite. Le lendemain, il est présenté à Peter McCullogh, un joueur de snooker professionnel, classé parmi les Top 100 mondial durant les neuf précédentes années. Steve Sanders lui demande d’évaluer le niveau de Kiran et de devenir son coach. « Le coaching est un minimum de six heures par jour. Je devais me réveiller tôt pour me rendre au club et j’y restais jusqu’à sa fermeture. Je voulais apprendre et maîtriser cette variante populaire du billard. » Au début, PeterMcCullogh corrige la Stance (position du corps pour jouer au snooker) et le Grip (comment tenir une queue de billard) ainsi que le Cueing (l’action de jouer) de Kiran Appadoo.

Après d’innombrables heures d’entraînement par jour pendant plusieurs semaines, Kiran améliore sa façon de jouer au snooker. Il découvre ce sport où les joueurs se comportent en vrais gentlemen. En 2000, Kiran réussit les étapes régionales en Angleterre. Son coach et le Manager de l’Ilford Snooker Centre décident de le faire inscrire à la World Snooker Association (WSA), soit l’instance suprême du snooker dans le monde. Sans hésiter et, avec une joie immense, Kiran dit oui à cette opportunité. Toutefois, il ne veut pas jouer au snooker en tant que Britannique. « Il y en avait déjà des milliers, alors pourquoi se perdre dans la foule ?, explique Kiran Appadoo. Étant très patriotique, je me suis dit que je vais y participer en tant que premier joueur professionnel mauricien. C’est plus prestigieux. Ce sera une erreur fatale »

La passion n’a pas de prix…

Dans ses valises : plusieurs recommandations de son coach, Peter McCullogh, et du Club Manager, Steve Sanders. Kiran Appadoo doit se faire reconnaître en tant que joueur mauricien de snooker. Il a les cordonnées de la Mauritius Billiards and Snooker Federation(MBSF). Il décroche un rendez-vous avec le président de la fédération. « Je lui ai raconté mon parcours en Angleterre de même que mon plus grand break de 147 points. C’est en arrivant à Maurice que j’ai tristement appris qu’aucun Mauricien n’a jamais fait du 147. Donc, c’était inconcevable pour lui que j’aie pu le faire », confie Kiran Appadoo.

Il ajoute qu’il n’a malheureusement pas eu le soutien de la MBSF pour pouvoir participer au calendrier de Ranking Tournaments de la World Snooker Association. Toutefois, il ne baisse pas les bras. Il décide d’écrire au Premier ministre et au ministre des Finances d’alors pour avoir de l’aide. En vain ! Il frappe à la porte du ministère de la Jeunesse et des Sports. C’est au téléphone qu’on lui répond: « We are proud of your achievements but unfortunately snooker is not recognised by the Sports Act. Therefore, we cannot help you. We need to have at least seven clubs around the island. » 

Découragé par ce manque de considération des instances mauriciennes, Kiran Appadoo ne peut suivre le calendrier des Ranking Tournaments de la World Snooker Association en tant que joueur mauricien professionnel. « Tout ce dont j’avais besoin, c’était du soutien de mon pays pour participer aux tournois internationaux. »

Son rêve est brisé. Il travaille alors comme guide touristique et il intègre le Club Mackay à Quatre-Bornes où il joue pour le plaisir avec d’autres passionnés de ce sport intérieur. Il participe aux tournois interclubs, régionaux et nationaux, entre autres. En s’intéressant au fonctionnement de la MBSF, il pose des questions qui déplaisent au conseil d’administration. Les choses se gâtent et Kiran Appadoo prend son mal en patience.

Il finit par acquérir une table de snooker Riley Legends, vieille d’une centaine d’années, en 2013.Vu que ça demande beaucoup d’espace, ce n’est que l’an dernier qu’il a pu construire un espace au deuxième étage de sa maison à Quatre-Bornes pour l’accommoder avec tous les accessoires nécessaires pour s’adonner à ce jeu noble. Tout cela demande une somme importante qu’il n’hésite pas à investir pour vivre sa passion.

Coaching gratuit

Après s’être frotté aux joueurs professionnels reconnus mondialement comme John Higgins, Ronnie O’Sullivan, Jimmy White et Ken Doherty et acquis les atouts du snooker en Angleterre, Kiran Appadoo décide de partager ses connaissances avec les passionnés de ce sport d’intérieur. N’ayant pas eu la chance de s’exprimer en tant que joueur professionnel de snooker, il coache gratuitement des jeunes souhaitant apprendre ce ‘gentlemen’s’ game’. Kiran Appadoo invite tous ceux qui veulent apprendre ou s’adonner au snooker à visiter la page Facebook ‘The Cue Master’ pour plus de renseignements.



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Defi Media