« La politique des grandes infrastructures n’est plus vraiment de mise en Europe »

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Une partie du gouvernement italien menace de faire dérailler le projet de ligne Lyon-Turin. Une nouvelle illustration de la difficulté grandissante, pour les Etats, à trouver des financements et un consensus autour des grands travaux, explique Philippe Escande, éditorialiste économique au « Monde », dans sa chronique.

Publié aujourd’hui à 12h05 Temps de Lecture 2 min.

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Sur le chantier du TGV Lyon-Turin, à Saint-Martin-de-la-Porte (Savoie), en novembre 2018.
Sur le chantier du TGV Lyon-Turin, à Saint-Martin-de-la-Porte (Savoie), en novembre 2018. JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

« Pertes & profits ». Depuis Hannibal, nombreux sont ceux qui ont rêvé de pouvoir franchir les Alpes séparant la France de l’Italie en ligne droite et à grande vitesse. Depuis le XIXe siècle, les tunneliers ont percé par trois fois la montagne, du côté de Modane (tunnels ferroviaire et routier du Fréjus), puis de Chamonix (tunnel routier du Mont-Blanc). Faut-il en rajouter un, toujours plus ambitieux, pour relier par TGV Lyon à Turin en deux heures ?

Depuis la signature d’un premier traité entre les deux pays, en 1996, la polémique ne désenfle pas. Elle atteint à présent le sommet de l’Etat italien. Pour Danilo Toninelli, le ministre des transports, c’est « un trou inutile dans une montagne ». Inutile et très onéreux : plus de 8 milliards d’euros pour les seuls 57 kilomètres de tunnel, et 25 milliards si l’on considère l’ensemble de la ligne. Son mouvement, le M5S (« antisystème »), n’a jamais caché son hostilité à ce projet pharaonique.

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A l’appui de sa thèse, il vient de publier un épais rapport d’experts démontrant la gabegie financière que constituera la poursuite d’un tel chantier. Les experts y étant notoirement opposés, il aurait été surprenant qu’ils parviennent à une autre conclusion. Comme le résume assez bien l’un de ses collègues du gouvernement, les Italiens n’ont pas besoin de gagner vingt minutes pour livrer de la mozzarella en France.

Résistance populaire

Le problème est que tout le monde ne partage pas ce point de vue au sein de la coalition qui dirige le pays. Et notamment le patron de la Ligue (extrême droite) et ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, qui, lui, s’est engagé à ce que les travaux continuent. En France, les oppositions sont aussi vieilles que le projet et elles émanent des écologistes, qui plaident pour un réaménagement des lignes existantes.

Cependant, les travaux sont déjà réalisés à 15 %, le projet a fait l’objet de quatre traités franco-italiens et l’Union européenne participe financièrement pour près de la moitié du coût du tunnel. Les chances d’un abandon sont donc minces, malgré les manifestations et postures politiques des deux côtés des Alpes.

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Il n’en reste pas moins que cette politique des grandes infrastructures n’est plus vraiment de mise en Europe. Qu’il s’agisse de tunnels, de centrales nucléaires ou d’aéroports, les Etats peinent à trouver l’argent et les populations font de la résistance. Cette ligne Lyon-Turin a deux objectifs : économique, avec la diminution par deux des temps de transport, et écologique, avec le transfert sur rail du trafic de poids lourds qui empoisonnent les vallées alpines.



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