Karo Mandron : Kouler rasta

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Karo Mandron aime les couleurs comme elle aime les gens. Depuis une vingtaine d’années, elle se laisse inspirer par la musique locale et crée des toiles représentant les artistes mauriciens. Une partie de sa collection a été dédiée à Kaya, un ami proche avec qui elle avait beaucoup échangé. Elle exposera quarante œuvres au Blue Penny Museum, lors de l’exposition en hommage au chanteur, qui se tiendra du 8 février au 31 mars.

R.V.

Devant son chevalet dans sa maison à Pereybère, l’artiste applique du marron au tableau qu’elle a commencé, il y a huit ans. Celui d’une petite fille nommée Rachel, qu’elle a rencontrée à Chamarel. “Je n’ai jamais pu finir ce tableau car je voulais y mettre un morceau de bois.” Le travail prendra le temps qu’il faudra et l’œuvre finira un jour par s’ajouter à la riche collection de tableaux que Karo Mandron conserve dans sa maison ou qui se trouvent dans des galeries et chez des particuliers. Depuis le temps qu’elle est présente à Maurice, son style est désormais connu. Karo, c’est une peinture simple mais profonde, où les regards et les sourires expriment de l’émotion. “Quand je peins, je commence toujours par les yeux. Je suis avec la personne. Je lui parle d’une certaine façon. C’est ma manière de voir la personne en face de moi”, confie l’artiste.

Avec ses pinceaux, elle manie les formes et les couleurs en dépeignant Maurice et la culture rastafari à sa façon. Un mouvement qu’elle a découvert ici et qui l’a profondément marquée. Proche amie de Kaya, elle sera l’un des artistes de l’exposition qui sera dédiée au chanteur disparu au Blue Penny Museum, du 8 février au 31 mars. Elle présentera quarante œuvres, dont quatre réalisées cette année. Ses peintures comprennent des portraits du seggaeman et de ses musiciens, entre autres. “Cela me fait plaisir d’exposer pour Kaya. J’ai déjà exposé avec l’ancien musicien de Kaya, Berty Fok, à Roche Bois.”

Proche de Kaya.

Cherchant parmi ses tableaux, elle montre à Scope un cadre rempli entièrement de photos de Kaya, de ses proches et d’elle. “J’étais très proche de Kaya. Nous étions très amis. C’est le côté artistique qui nous lie. Il m’est arrivé de dire à Kaya de regarder une couleur; il me disait d’écouter un son. C’était amusant. On était chacun dans notre monde”, confie la Mauricienne de cœur, qui a rencontré Kaya lors d’un dîner chez un ami. “Kaya était quelqu’un de profondément gentil. Je l’aimais bien. Ces enfants ont le même âge que ma dernière fille. Ils s’entendaient bien.”

L’artiste compte cent tableaux de rastas et de nombreuses autres œuvres. Elle a peint Bob Marley, Blakkayo, Bruno Raya, Ras Natty Baby, Dagger Killa, Ras Tilang, Berger Agathe, Ras Minik, le groupe Racine, Kaya… Les couleurs du drapeau de l’Éthiopie font partie de ses teintes favorites. Des couleurs que nous retrouvons chez elle. “Le rastafari est basé sur la Bible. Il y a des choses qui me plaisent énormément. Cela m’intrigue aussi. Avant de venir m’installer à Maurice, je n’avais jamais côtoyé de rasta.” Elle a tout découvert ici. “Je suis quelqu’un de très curieux. J’avais envie de savoir comment le rasta vit, ce qu’il fait, comment il s’habille.”

Le bonheur de peindre.

À travers ses œuvres, elle veut abattre les préjugés qu’ont certains des rastas. “Pour les Blancs, ma peinture est trop noire; pour les Noirs, ma peinture est trop blanche. À partir du moment où je m’amuse à peindre, le reste m’importe peu.” Elle a aussi illustré la pochette des albums de Ras Natty Baby et de Kaya, entre autres. “Je n’ai jamais vendu un tableau de rasta. Ceux dont je me suis séparée, je les ai offerts. Certains pensent que je me fais de l’argent sur leur dos. Ce n’est pas le cas”, dit-elle, avec une pointe de tristesse. Cette incompréhension l’a poussée à tout laisser tomber pendant quatre ans. Elle est partie à Rodrigues pendant quelque temps. Elle s’est mise à raconter le quotidien des Rodriguais en peinture et en a fait une exposition.

Sa palette dans une main et un pinceau dans l’autre, l’institutrice peint en plusieurs couches le bras de la petite fille. L’inspiration lui vient du cœur, de l’âme, des sentiments et de la musique. Quand elle peint, le temps s’envole. “Avant, je peignais souvent la nuit. Parfois jusqu’à deux heures du matin. Maintenant, ma vue faiblit un peu. Cela dépend aussi du temps que me donne mon travail. Être institutrice, cela demande beaucoup de préparation”, souligne l’artiste peintre, en glissant son pinceau de haut en bas pour obtenir un peu plus de nuances. “La musique m’accompagne toujours. J’ai tous mes CD dans mon atelier. J’écoute principalement du reggae.”

“La peinture me comprend. C’est mon refuge, mon médicament. Si je ne suis pas bien, je peins. C’est un vrai bonheur.” Remplie de pensées positives, Karo peint pour casser les préjugés, pour se débarrasser des maux.



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Le Mauricien