Nouvelle escalade dans les tensions entre la France et l’Italie

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Paris a rappelé, jeudi, son ambassadeur à Rome « pour consultation », une première depuis juin 1940, après plusieurs mois d’attaques verbales entre les deux pays.

Par Jérôme Gautheret et Marc Semo Publié aujourd’hui à 06h37

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C’est du jamais vu entre Paris et Rome depuis juin 1940, quand l’ambassadeur de France, André François-Poncet, avait dû quitter précipitamment le palais Farnèse, après la déclaration de guerre de l’Italie à la France. Le rappel, jeudi 7 février, de l’ambassadeur français Christian Masset dans la capitale italienne « pour consultation » comme le veut la formule consacrée, marque une nouvelle escalade dans les tensions franco-italiennes des derniers mois sur fond de surenchère électorale avant le scrutin européen.

Les mots du communiqué du quai d’Orsay sont très durs, dénonçant des « accusations répétées », des « attaques sans fondement », des « déclarations outrancières » et des « ingérences » jugées sans « précédent depuis la fin de la guerre » de la part des deux vice-présidents du Conseil, Matteo Salvini, leader de La Ligue du Nord (extrême droite), et Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème).

La provocation de trop a été une incursion de ce dernier dans le Loiret, le 6 février, pour rencontrer des « gilets jaunes » se réclamant de la liste « RIC » – Ralliement d’initiative citoyenne –, en lice pour les élections européennes.

Lors de cette visite, organisée dans le plus grand secret au point de prendre de court le ministère italien des affaires étrangères, le numéro deux du gouvernement a notamment rencontré le très extrémiste Christophe Chalençon, qui, début décembre 2018, réclamait la démission du gouvernement d’Edouard Philippe et son remplacement par le général Pierre de Villiers, ancien chef d’état-major des armées.

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« Tous ces actes créent une situation grave qui interroge sur les intentions du gouvernement italien vis-à-vis de sa relation avec la France », souligne la porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès von der Mühll.

La riposte française est sans précédent

Même s’il est le plus souvent à durée limité, le rappel d’ambassadeur représente en diplomatie une mesure grave, l’ultime recours avant la fermeture de l’ambassade ou la rupture des relations diplomatiques. « Le fait que l’initiative vienne de la France m’a surpris et il y a peut-être un peu de surréaction mais les faits sont graves d’où une mesure aussi exceptionnelle au sein de l’Union européenne [UE] », relève Yves Aubin de la Messuzière, ambassadeur retraité qui fut notamment en poste à Rome.



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